Villarica: we GOTCHA!

 

1 mois que nous sommes partis... déjà un mois... et seulement 1 mois!

Tant d'endroits admirés, de gens rencontrés, d'expériences vécues!. Le voyage, c'est un peu un concentré de vie: un concentré d'émotions! En 1 mois, j'en ai pris plein les yeux, plus qu'en un an en mode « normal ». Le vrai luxe de ce voyage, c'est le temps. Il passe à la fois plus vite et plus lentement. Je commence à trouver ce que je recherchais: ressentir les choses telles qu'elles se présentent, les vivre intensément au moment où elles arrivent. Ne plus penser au passé, ne pas réfléchir au futur. Ne plus avoir à écouter les autres, s'écouter soi-même. C'est un peu comme si à force de tourner la molette sur un vieux transistor à la recherche d'un son audible, après craquements et crépitements, on tombe sur une station qui passe la musique qu'on voulait absolument écouter à ce moment précis, en stéréo. Welcome on «  me, myself and I FM, broadcasting worldwide, anytime! ».Y à pas à dire, c'est un sentiment incroyable... et tellement naturel en même temps.

1 mois que nous sommes partis... Nous sommes le 18 mars 2011 et aujourd'hui, on va faire quelque chose que nous n'avons jamais fait: on va se faire un volcan. Nous sommes à Pucon, au coeur de la région des Lacs, au Chili. Après une dizaine d'heures de bus depuis Bariloche et la frontière Argentine-Chili à nouveau traversée, nous avons rejoint cette bourgade située au pied du volcan Villarica. Un volcan énorme qui s'élève à près de 3000 mètres d'altitude, l'un des plus actifs au Chili: la dernière grosse éruption date de 1971 - Une grosse, grosse éruption.

Aujourd'hui, il va faire un temps magnifique: le bulletin météo de 6h40 annonce grand soleil et très peu de vent: le temps idéal pour grimper. A 7 heures du mat', nous sommes donc dans une agence spécialisée, à prendre notre matos: un bon gros sac à dos avec plein de trucs dedans. Claire est pas trop rassurée: c'est quand même un gros challenge pour nous. Moi, j'en mène pas large non plus, mais bon, j'essaye de pas trop le montrer et de la rassurer: « Tu vois, ils sont vachement pros les guides, ils nous mettent tout le matos dont on à besoin, c'est nickel!... » Je plonge la main dans le sac et ressors:... un masque à gaz!  « Bon ok, tu vois, ce truc là, bah par exemple, on va pas s'en servir, mais au cas où, bah on l'a avec nous... c'est pro ça non? ». La réponse de Claire est censurée, par respect pour l'innocence des plus jeunes lecteurs de ce post.

Il fait encore nuit quand nous montons dans le mini bus direction le volcan. Avec nous, un quinzaine de personnes... très silencieuses.... sauf les 3 guides qui nous mettent un « Loca! Loca! Loca! de Shakira » à fond les ballons dans le bus. Bon, ok. Bon titre, bien trouvé les gars.

On démarre et le chauffeur balance un coup de sirène histoire d'être sûr qu'on est tous là. 15 zombies sursautent en même temps dans le mini bus: on est tous là. A coté de moi, j'entends un type parler en français à sa copine. Tout content, je tente une conversation:

« Alors, vous êtes français? » le gars qui à l'air sympa : « Ouais. »...silence...

« Et vous venez d'où? » Le mec qui pourrait au moins me regarder quand je lui parle « ...Paris »...silence...

Je lui réponds « C'est bien ça! »... Le gros con répond pas.

 Bon, ça va être dur de discuter avec un gars s'il balance deux syllabes maxi par réponse. Je me dis qu'il est aussi stress que moi et qu'on à tous notre manière de gérer son stress: lui, ça doit être d'être aussi aimable qu'une porte de prison... Je laisse tomber.

Après une demie-heure de route, nous voilà au pied du volcan, sur une piste de terre noire. Le jour se lève et la silhouette fumante du Villarica se dessine. Un mélange d'excitation, d'enthousiasme et d'anxiété. Un autre mini bus blindé de touristo-vulcanologues nous dépasse à toute blinde, provoquant la rage de notre chauffeur: je me retourne et distingue plusieurs paires de phares... visiblement, nous ne sommes pas les seuls! Entrée du parc, tout le monde s'arrête. Le conducteur descend du minibus, montre rapidement un papier au rangers de perm, qui lui fait signe de passer...Il en profite pour doubler le mini bus d'avant, toujours arrêté. « Loca Loca Loca! » C'est reparti!...

Très vite, nous voilà à la base de départ. Déjà, le panorama est à couper le souffle: Lacs, montagnes, volcans. On imagine ce que ca doit être une fois en haut. Après un court briefing des guides, nous partons pour... prendre un télésiège! Bon, il y a bien un ou deux tarés de service pour dire: « AH NON! Moi, je prends pas le télésiège, je monte à partir d'ici! » On à pas beaucoup parlé à ces gens là le reste de la journée... cela dit, si on avait voulu, on aurait pas pu: ils étaient trop loin devant. Arrivés devant le télésiège, je commence à me demander s'il ne serait pas moins risqué de monter à pied: Le télé-chaises (soyons clairs, il n'y avait pas de siège) n'a pas de rambarde de sécurité: donc en fait tu t'assois avec ton sac de 40 litres sur le ventre et tu regardes vers le haut en attendant d'arriver... Et si t'as le vertige, bah c'est pareil. Remarque, si tu tombes, t'es sûr de pas souffrir, vu que ton piolet te traversera sûrement la colonne vertébrale en un quart de seconde.

Je me rappelle de mon job de saison à Châtel en 2000. Cette année là, un télésiège fatigué et plus conforme, avait été remplacé par un plus récent. J'avais posé la question: « Et alors, vous en faites quoi de celui là?, vous le balancez, vous revendez l'acier?». Le directeur des remontées mécaniques m'avait répondu « Mais non malheureux! Celui-là, il part au Chili! ». 11 ans plus tard, je regarde le sigle « Pauma » sur les pilonnes et je me dit que si ça se trouve....

1850 mètres. Arrivée du télé-chaise. On est au départ de notre ascension. Claire et moi, on se regarde. Chacun cherche un coté rassurant dans le regard de l'autre... sans trouver. Bon, on va pas redescendre quand même! Allez, on y va!

Par grappe de 10, les grimpeurs se lance vers le sommet. Aujourd'hui, nous devons bien être une centaine... ce qui ne nous empêche pas de nous croire seuls au monde, à la conquête du plus haut sommet que nous n'ayons jamais atteints par la marche (Nico, balance le gingle « séquence émotion! »). La première heure se fait relativement tranquillement: chemin bien marqué, montée régulière... de quoi se mettre en jambe et prendre le pas avec ces chaussures de montagne « robocop » prêtées par l'agence. Une première halte nous confirme que nous venons de faire le plus facile: Nous ne voyons plus le sommet, ca va pas mal monter. Nous devons être à 2000 mètres et la vue est tout simplement incroyable. À une centaine de kilomètres, le volcan Osorno et deux de ses frangins se distinguent de la ligne d'horizon, c'est magnifique.

Nous repartons avec nos guides... les quelques malins qui racontaient leurs vacances au début de la montée commencent à cracher leurs poumons (Tony fait partis des malins) et 200 mètres plus haut, nous arrivons dans la neige. Il va falloir mettre les crampons... on en profite pour souffler un peu et regarder les autres grimpeurs avancer. Et là, je vois passer trois mecs devant mois, monter d'une dizaine de mètres et marquer un arrêt. Se sont deux allemands et leur guide. Le guide, visiblement expert en rien du tout, à décidé de leur montrer la technique du planté de piolet... à quelques mètres au dessus de notre groupe. Je regarde le trinôme en me disant « non, quand même, ils sont pas si cons... » et bah si! Et voilà qu'il se jette littéralement dans la pente gelée. Visiblement fan de Cliffanger, le gars (attention: un champion en T-shirt!) attend 6 ou 7 mètres avant de se décider à planter son piolet dans la neige, à bout de bras... ce qui à un effet... ridicule. Le mec réussi à peine à dévier sa glissade pour éviter un des grimpeurs de notre groupe, et dévisse d'une bonne vingtaine de mètres avant de s'échouer sur un tas de neige. Lui, on va l'appeler Jean-Claude Duz! Un guide nous regarde et nous dit « voilà exactement ce qu'il ne faut pas faire ». Deux secondes après, l'allemande se lance façon « J'y vais, mais j'ai peur ». Même technique, même résultat. Gigi et J-C ne font qu'un avec le tas de neige. Notre guide mi-amusé, mi-enervé,va voir le guide des allemands... et lui montre LA technique! A ce moment, on regrette pas d'avoir payé 40 000 pesos (60 euros) pour être avec un guide digne de ce nom, lequel en profite pour nous faire un petit cours du « planté de piolet ».

  1. Tu prends ton piolet à deux mains

  2. Si tu glisses tu gardes ta main droite sur le haut du piolet et tu te retournes sur le ventre

  3. Tu plantes la partie la plus grande dans la neige de ta main droite en gardant le manche de l'outil contre toi, avec ta main gauche

  4. Tu lèves les pieds pour éviter de te faire un short avec des crampons de glace

  5. Tu attends que ca s'arrête

  6. Tu te relèves avec le sourire du vainqueur.

Démonstration – en deux mètres, il est arrêté – simple, efficace et en plus ça à l'air facile. Il s'agit quand même de ne pas se planter et de se rentrer le piolet dans le ventre. Ah oui quand même, tu fais bien de préciser ce point Pedro. 

Crampons encrés aux chaussures Robocop, nous continuons. Une centaine de mètres plus haut, nous arrivons sur une grosse crevasse. Je prends conscience que nous sommes sur un glacier. Un glacier sur un volcan... C'est pas beau ça! Cela doit faire deux bonnes heures que nous sommes partis et nous atteignons péniblement les 2400 mètres d'altitude. Comme si l'ascension n'était pas assez difficile, quelques nuages de fumée toxique passent par là. Le volcan nous teste. Quintes de toux, souffle coupé. Les choses se compliquent.. et le groupe se divise: il y a ceux qui ont du faire ça toute leur vie, les « poumons d'acier », qui continuent d'un pas ferme et décidé. Et puis il y a les autres. Nous, on est les autres. On tousse, on crache, on s'arrête toutes les deux minutes... Mais on lâche rien. « C'est pas une course – l'important, c'est d'arriver là-haut! ». Claire avance, un pied devant l'autre, moi, je suis. Elle est impressionnante. Un couple de hollandais souffre avec nous et notre super guide nous encourage... plus qu'une heure!

Encore une pause... et petit coup d'œil sur l'altimètre: nous sommes à 2600 mètres. Les 3600 dernières secondes de notre ascension sont parmi les plus longues de notre vie! Entre les gaz toxiques et l'altitude, je peux vous dire que je me suis juré d'arrêter de fumer au moins 2000 fois (résolution aussitôt oubliée le soir même... un challenge par jour, c'est déja pas mal...).

A quelques mètres du cratère, notre guide cri un compte-à-rebours.... 10! 9! 8! un nuage de gaz l'empêche de continuer...3!2!1! YEAH!!!! Loca!loca!loca!!!! Le nuage se dissipe et devant nous, un trou béant, fumant, rugissant. Vision lunaire. Nos guides nous félicitent et je ressens pour la première fois le sentiment de plénitude du mec qui arrive au sommet. Une émotion fantastique. Claire, elle, suffoque... il lui faudra quelques minutes pour prendre conscience de son exploit. Pour nous, c'en est un. WE DID IT!!!! La cerise sur notre gâteau fumant: un panorama à 360 degrés d'un des plus beaux endroits sur terre que nous ayons eu la chance de visiter... et une pensée émue pour Charlotte et Guillaume, qui il y a 5 ans, se trouvaient au même endroit que nous. L'absence de vent violent nous autorise une pause au bord du cratère – le temps de boire et de manger quelque chose devant un des plus gros barbecue du monde.

Trente minutes plus tard, il est temps de descendre. Après les chaussures robocop, nous mettons la combinaison complète. Pantalon, veste, protections...et dans notre sac, un ustensile particulier: une luge! La descente se fera BEAUCOUP plus vite que l'ascension! Nos guides nous amènent au départ d'une piste naturelle de bobsleigh... ôlé! Claire, après ses émotions fortes des quatre dernières heures, me dit « je crois que je vais mourir ». Je prends cela pour une plaisanterie, qui n'en était une qu'à moitié. Elle passe devant. Luge pour glisser, Piolet pour freiner, c'est parti! Le guide nous dit de faire gaffe: tu peux atteindre 35 km/heures.... et la-bas, il faut bien tourner, parce que derrière c'est une crevasse. Je prends cela pour une plaisanterie... qui n'en était clairement pas une. A mon tour, je me lance. Rétrospectivement, je pense avoir souffert à ce moment précis du syndrome « la luge, je connais, je gère, c'est un peu comme ma deuxième maison ». En quelques secondes, je me retrouve à une vitesse pas vraiment prévue et sors de la « piste ». Mon cerveau reptilien me fait flipper... et l'autre me dit: « Bon, c'est le moment de la technique du planté de piolet Tony! »

    1)Tu prends ton piolet à deux mains – ok

    2) Tu gardes ta main droite sur le haut du piolet et tu te retournes sur le ventre – ok

    3) Tu plantes le piolet comme tu peux dans la neige

    4) Tu te prends le piolet dans le genou gauche et tes dents font office de frein de secours sur la glace

    5) Tu attends que ca s'arrête – ça s'arrête pas.

    6) Tu paniques, tu paniques, tu paniques!

    7) Tu plantes les crampons dans la neige - technique du désespoir- et forcement, tu passes au dessus de tes crampons.

    8) Tu évites de te faire tailler un short... et Ô miracle, tu commences à ralentir.

    9) Tu freines avec tout ce que tu peux – Les dents, le nez, les lunettes, le casque, les pieds, les mains (ton piolet est une dizaines de mètres au dessus de toi, lui, il a réussi à s'arrêter tout seul).

    10) Tu t'échoues lamentablement dans les bras d'un guide, façon éléphant de mer. 

Le guide se marre et demande si ca va... Je réponds par un "grumpfchecomeiyibouf"   ("je peux pas répondre Pedro, j'ai plein de neige dans la bouche"). Claire, elle, ne voit que le résultat: Tony-robocop-bonhomme-de-neige. Elle pense à prendre une photo – je la dissuade au prix d'un gage vaisselle pendant une semaine.

Le reste de la descente sera plus soft. Je comprends que la meilleure technique, c'est de ne pas avoir à utiliser la technique du piolet et de freiner tout le temps. Nous enchaînons les pistes naturelles, dans un décor incroyable. Claire est aux anges, elle s'éclate tellement que je l'entends se marrer à 50 mètres. Elle m'étonnera toujours!

Arrivés à 2000 mètres, il nous reste à descendre un pierrier à pied. Nous avons la sensation de skier sur les pierres... c'est génial!

15h00 – retour au minibus. Les 15 zombies du matin sont maintenant 15 robocops avec un sourire bête planté au milieu de visage. Tout le monde a adoré. Tout le monde... Non. Il y a bien un mec qui a pas aimé. Le parisien du matin. « trop de monde, on est pas des moutons, trop cher et puis les gens qui savent pas monter, ils devraient rester en bas ». Je me demande s'il il fait allusion à nous... et pose vite mon piolet par terre avant de faire une bêtise... Dommage pour lui: il vient de faire quelque chose d'extraordinaire et il ne s'en rend même pas compte. Sa copine est un peu désolée – et moi, je le suis pour elle.

Retour à Pucon au son de Salsa à fond les ballons dans le bus. Arrivés à l'agence, nos guides nous payent un verre. Je crois que je n'ai jamais senti l'alcool monter aussi vite! Tony: Une bière et carpette-coucouche-panier.

Claire, elle, carbure au coca. Elle profite de la vue sur le Villarica depuis la terrasse de l'agence et me dit « je crois que je viens de passer la meilleure journée de ma vie ».

Photos