Ecu'adore

Retour des Galapagos – et retour à la réalité!

Après une semaine passée au rythme d'un bateau sur le Pacifique à naviguer d'îles en îles... Nous voilà dans un bus à Guayaquil, direction Puerto Lopez, petite ville située au bord du Pacifique, à 2 grosses heures de Guayaquil.

Cette étape n'était pas prévue... Mais les baleines ont changé nos plans! De Juillet à Septembre, elles se regroupent dans les eaux chaudes qui bordent la côte équatorienne... Nous n'avons pas vu de baleines aux Galapagos... Et nous les avons manqué au début de notre voyage lorsque nous étions sur la Péninsule Valdes en Argentine. C'est l'occas' de se rattraper en les rattrapant!

Claire et Tony sont dans l'bus, chauds comme des gâteaux à l'idée de saluer quelques baleines à bosse... En plus, le fait de passer deux trois jours au bord de la plage ne nous déplaît pas!

Arrivés sur place, le classique balais, non pas des baleines, mais des chauffeurs de tuk-tuk reprend... Nous sommes les seuls gringos dans le bus... et donc l'objet d'une bataille féroce entre 4 « rabatteurs ». Ce coup là, il est pas 4 heures du mat'... On a le temps et on les renvoie gentiment vers leurs tuks-tuks. On décide de marcher jusque sur la plage et de partir à la recherche d'un hostel après avoir dit bonjour au sable. Bon, on sait qu'on est en haute-saison. On sait aussi que les prix des hostels sont très hauts. Notre mission va donc être difficile: trouver un hostel à moins de 15 USD la chambre double. Plein d'énergie, nous partons avec nos maisons sur nos dos, à la recherche de la perle rare... Deux heures plus tard, on commence à douter de l'existence même d'une perle: Les trois quarts des hostels sont complets, et les autres sont hors de prix.

Après une petite engueulade à base de « Mais P...... je t'avais dit qu'il fallait qu'on réserve un truc! » (Tony en pleine séance de mauvaise foi) et de « Si tu voulais réserver un truc, t'avais qu'à le faire! » (Claire en mode: me fait pas ch.... coco, chui pas d'humeur)... on se retrouve sur le sable qu'on avait quitté deux heures plus tôt.

Bon... on a deux choix: soit on devient moins exigeants sur la chambre, soit on devient plus flexibles sur le budget. On s'est fait super plaisir aux Galapagos... alors ici, on va se tenir à nos 15 USD.

Mancora On reprend nos maisons sur le dos et on s'éloigne de la plage, direction le centre-ville. Devant nous, un hostel qui paye pas vraiment de mine... avec un panneau «Vacancy». Je tente le coup. Je grimpe au premier étage et tombe sur la proprio. Elle m'explique qu'elle a une double à 25 dollars. En quelques secondes, le prix descend à 20... C'est un peu trop cher pour nous. Elle me demande alors mon budget, et me répond: Bon, j'ai quelque chose, c'est un hostel mieux qu'ici, au bord de la plage. Si tu veux, on y va, j'ai ma voiture. Ca paraît bizarre... mais on est au bout du rouleau. « ok, on va jeter un coup d'oeil ».

Quelques minutes plus tard, on pose nos sacs... dans un salon d'une maison particulière! Elle nous a ramené chez elle. En effet, on est au bord de la plage. La chambre est minuscule (deux lits superposés) et nous rappelle un peu la cabine du bateau des Galapagos... Mais le prix est de 15 dollars. « Ok, on va rester ». En plus, ça à l'air calme. Il y a deux chambres, dont la nôtre. L'autre chambre est occupée par deux belges. Ils sont sympas... Ca s'arrange!

Après un dîner expédié... nous rejoignons notre... chambre. Je prends alors conscience de pas mal de p'tits trucs qui rendent notre logement un peu moins sexy. D'abord: la salle de bains commune n'a pas de porte, ensuite, les parois des murs ne sont pas finies... et puis, cerise sur le gâteau, l'aération des chiottes donne sur... mon lit!

Bref... On positive – il reste plus que ça à faire... J'éspère quand même que nos voisins de chambre ne ronflent pas... et surtout, je prie pour qu'aucun d'entre nous ne supporte pas le poisson frit du resto d'en face...

Au final, la nuit s'est pas trop mal passée... Du moins, ça aurait pû être pire! Et puis ce matin, on à la patate, on va voir des baleines!

8 heures du mat', nous embarquons dans un bateau aux cotés d'une quinzaine d'équatoriens, à la recherche des cétacés. Deux heures plus tard... nous nous retrouvons à quelques dizaines de mètres d'un groupe de 5 ou 6 mastodontes. Elles sont vraiment énormes... et nous on est vraiment tout prêts!!!

Le spectacle est grandiose, saisissant. Moi, je suis derrière l'appareil photo. Tellement derrière que je loupe une baleine qui jump et s'affale de tout son long sur l'océan... Petite leçon: des fois, il faut savoir lâcher l'appareil et profiter du moment... Claire, elle, a profité à fond! Elle est aux anges...

De retour sur la côte, l'excursion se termine par un petit coup de snorkeling... ma dernière expérience snorkeling m'ayant coûté un tuba de compet' et un retour d'otite (bah, oui, Tony, quand il voit son tuba qui plonge, bah il essaye de le rattraper... et il descend sans faire gaffe à la pression!) je passe mon tour pour ce coup là et opte pour le toit du bateau, idéal pour faire l'éléphant de mer.

Sur ce coup là, j'ai pas eu tort: un des jeunes équatoriens avec nous dans le bateau, tente un salto arrière en sautant du bateau. Résultat: épaule déboitée. Le pauvre se retrouve quelques minutes plus tard sur le pont, le visage crispé de douleur. Un apprenti Rambo hollandais lui propose de lui remettre ça en place en moins de deux. 10 minutes plus tard, après avoir tiré et poussé le bras du jeune dans tous les sens, il laisse tomber... et le pauvre équatorien est prêt à s'évanouir.

Sur le retour, je dis à Claire: « comme quoi, ça peut nous tomber dessus à n'importe quel moment... bon ok, je suis pas sûr que je tenterais un salto arrière en sautant d'un bateau... mais bon... il faut pas grand chose pour se faire mal! » Claire, dans sa bonté naturelle, me répond: « Surtout toi, tu t'es déjà cassé la gueule trois fois juste en marchant... alors bon... » Je ne relève pas ce manque de respect vis-à-vis de mon sens de l'équilibre et regarde la plage de Puerto Lopez se rapprocher...

Demain, on se lève tôt: on a un bus à 6h40 pour nous ramener à Guayaquil, et de là, 7 heures de bus nous attendent pour rejoindre Baños, notre prochaine étape. Alors on va se coucher tôt. De retour dans notre... caserne, Nous préparons les sacs et rencontrons nos nouveaux « roomates »: une anglaise et un autralien qui se sont retrouvés ici... de la même façon que nous la veille. Je discute deux minutes avec eux et me rend compte que eux non plus, n'avait pas noté les toilettes « friendly open » et les murs « not finished ». Bon, ils positivent... Je leur dis que je ronfle pas... et tout le monde va se coucher dans la bonne humeur.

La nuit qui suit est probablement une de nuits les plus hard que nous ayons eu depuis le début du voyage. On a eu le droit à tout: les classiques moustiques 'tit mouss: « petits, mais super costauds! », le fameux chien qui aboie toutes les deux minutes pour rentrer dans ta « cabine », les mecs bourrés à la « Club (bière locale) » qui chantent (enfin, qui gueulent) EN FACE de la chambre, le gentil bébé de la voisine qui pleure à intervalles irréguliers... et puis, quand tu commences à te dire que ça se calme, vers 4h30 heures du mat', le coq des voisins réveille ceux qui avaient la chance de dormir... Bon... Tout ça, ça passe encore... Mais quand à 5 heures du mat', on entend un ORCHESTRE qui se met à jouer devant la maison, je me demande vraiment si il y avait pas un Marcel Béliveau Equatorien qui planquait sa caméra dans la bouche d'aération des chiottes donnant sur mon lit... 5h30, je laisse tomber et me lève.

Claire ne dormait pas non plus... on va partir un peu plus tôt et essayer de chopper un café...

Vers 6h00, on décolle et sur le chemin, on tombe sur le fameux orchestre. Hallucination totale: un pick-up avec à l'arrière 5 mecs jouant du tuba, trombone, trompette, tambour et même accordéon! On se regarde avec le même regard d'incompréhension mêlé de désespoir « Mais pourquoi ils font ça????» On aura jamais la réponse. Café, petit pain, bus, c'est parti: « Back to Guaya Baby! »

3 heures plus tard, nous sommes de retour dans le plus grand terminal de bus d'Equateur. Des centaines de bus, sur 3 étages! Nous trouvons un bus pour Baños: 7 heures de route en perspective! Il fait chaud, vraiment chaud: 37 degrés à l'extérieur. Dans le bus, c'est pire... Heureusement, sur la route, nous profiterons du balais des vendeurs de rue, qui grimpent dans le bus à chaque feu ou arrêt, et vendent à grand coup de gueulante de l'eau, des glaces, des empanadas, des fruits... ou des genouillères! Quelques heures plus tard, la chaleur lourde de Guayaquil laisse place à la fraîcheur des Andes: nous changeons de région et rejoignons la fameuse route de volcans équatoriens.

Le coté bourgeois de Cuenca et la magie des Galapagos nous avait mis pas mal de poudre dans les yeux. La route Guayaquil – Baños nous montre l'autre visage de l'Equateur: celui d'un pays où 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Pour la petite histoire, le pays, exportateur majeur de bananes, de cacao et de pétrole, a traversé trois crises tout aussi majeures, à chaque fois que ces produits ont été dévalués. En témoignent un nombre impressionnant de bâtiments industriels abandonnés. Des dizaines, des centaines le long des routes. En 2000, l'inflation galopante a entraîné un effondrement du système monétaire: le « sucre », monnaie nationale, est abandonné et remplacé par le tout puissant billet vert. Avec l'arrivée du dollar, les prix ont continué à augmenter, laissant sur la touche des millions de personnes. Même si l'Equateur nous paraît plus moderne et plus « riche » que le Pérou et surtout la Bolivie, on constate aussi une énorme disparité entre les conducteurs de 4x4 Ford V8 aux vitres teintées et les p'tits mômes qui se promènent dans la rue, une brosse et un chiffon à la main, te demandant de cirer tes pompes pour 1 dollar. La pauvreté en devient plus frappante, plus choquante. Le retour des Galapagos n'arrange rien: nous revenons d'un paradis sur terre et voyons la misère de l'autre coté de la vitre du bus.

La vue d' une épaisse fumée à l'extérieur me sort de mes pensées. Le chauffeur s'est arrêté et crie à tout le monde de rester dans le bus. Regards circonspects. Une des passagères panique et crie que le bus à prit feu. Je me lève et regarde devant: ce n'est pas le bus, mais une voiture devant qui brûle. Une dizaine de personnes s'acharnent avec un extincteur, de la terre, des couvertures pour essayer d'éteindre le feu. Cause perdue, la voiture se carbonise. Pas de pompiers. On est au milieu de nulle part. Personne n'est blessé, du moins, il me semble. Le chauffeur remonte dans son bus, passe la première et roule à quelques mètres du véhicule en feu...

Cet « épisode » lui a fait perdre du temps et il se transforme en pilote de stunt car. Sur les routes de montagne, il bombarde! A tel point qu'il nout fait deux trois grosses frayeurs. Freinage d'urgence pour éviter un autre bus, dépassement de voitures en plein virages... Je suis pas vraiment croyant, mais je crois avoir prié Allah, Jéhovah, Ganesh et la vierge noire en même temps...en fixant du regard le bord de la route..et le précipice derrière.

Les passagers commencent à crier « MAS DESPACIO! ». Rien à faire, notre pilote envoie du bois! Bon, on a fait les bus argentins, chiliens, boliviens et péruviens: on va survivre aux bus équatoriens! Une bonne heure passe... et on devrait déjà être arrivés! Le chauffeur s'arrête une nouvelle fois et crie à tous les passagers pour Baños de descendre fissa du bus et de chopper un autre bus qui les attend... America del sur: Todo possible, NADA seguro! Action Claire et Tony! Je choppe mon p'tit sac, descend les marches du bus, me retourne et dit « ciao » au chauffeur sans remarquer une bouteille de coca sur la dernière marche... je glisse dessus et me retrouve sur le trottoir... une cheville en vrac. Pas le temps de se poser: le chauffeur de l'autre bus à déjà embarqué nos gros sacs et nous crie de se grouiller!

Bon... vous avez vu le soldat Ryan? Bah voilà, on y est: ma fidèle acolyte Claire, n'écoutant que son courage, me prend le bras gauche et le passe par dessus son épaule...

Private Tony: « Laisse moi là! Prend le bus, les sacs sont dans le bus! »

Sgt Claire: « PAS moyen que je t'abandonne ici! On y va tous les deux ou on y va pas du tout!!! »                                     (envoyez la musique 'ricaine avec les trompettes)

Private Tony, le visage déformé par la douleur: « Arrrrgggghhh...! ok, aide moi! »

Sgt Claire. « Allez, on lâche rien! On va grimper cette colline! Euh pardon..., on va monter dans ce bus! »

Le chauffeur fait ronfler le moteur! Plus que quelques secondes! Un éclair claque dans le ciel.

N'écoutant que leur courage, dans la fumée d'échappement et sous la pluie, Private Tony et Sgt Claire parviennent, mètres après mètres, à hauteur de la porte du bus.

Sgt Claire grimpe d'abord, le bus démarre.

Sgt Claire, la main tendue vers Private Tony, boitant (franchement, vous auriez été là, vous auriez vraiment eu pitié) « Allez, t'y es presque! Encore un tout petit effort! »

Private Tony tend à son tour la main vers celle de Sgt Claire (caméra 3 – gros plan sur les mains qui se joignent) et dans un ultime effort, se hisse dans le transport de troupes.

Épuisés mais entiers (ou presque), les deux compagnons d'infortune s'affalent dans leurs sièges, alors que le bus quitte le lieu du drame à toute berzingue, sous un déluge de... pluie.

Private Tony, avec l'accent texan « Me'ci, Sgt Clair'...sans toi, j'étais cuit comme un cuy * »

Sgt Claire, sobrement «  You would have done the same for me »

Plan large sur la jungle équatorienne - The end – Générique – mouchoirs – Oscar!

J'vous jure, ça s'est vraiment passé comme ça! 

 * Cuy: charmant petit rongeur assimilé au cochon d'inde, dégusté à la broche en Equateur - on n'a pas encore eu le courage de tester. 

 

Tony... aux urgences de Baños! Le lendemain, au réveil, à Baños... La cheville va pas trop bien. Une belle balle de tennis sur la malléole... Bah voilà, on va pouvoir tester l'hôpital équatorien! Claire et Tony se retrouvent donc aux urgences... un peu stressés. On espère que c'est pas cassé, et encore plus, on prie pour que les ligaments soient encore « entiers ». Ca serait vraiment pas cool, mais pas cool du tout, d'être obligés de terminer le voyage à cause d'une bouteille de coca. Une chute glorieuse au sommet du Cotopaxi, ça peut encore se défendre... mais une dégringolade de bus, pas moyen! Après un court examen que je qualifierais de... dynamique (le docteur mesure la douleur à la force du cri que tu pousses quand il te triture), il lâche son verdict: « Pas de problème, c'est juste une entorse: 15 jours tranquilles et tu gambaderas comme un guanaco! »

Rassurés, nous quittons l'hosto sans avoir à payer quoi que ce soit: on apprend que les urgences sont gratuites en Equateur... Bah voila, une note positive! 

Les cinq jours suivants passent à un rythme très « Balou ». Tony peut pas marcher plus de 200 m, donc, on se fait tous les restos autour de l'hôtel (dont un français et un suisse... aie aie aie!!!! dans le top Food!) et le marathon TV en espagnol! Bon, au bout de trois jours, on pète un plomb, alors on tente un coup de bus du coté de Puyo, pour y voir un jardin d'orchydées et un refuge de singes... un bouffée d'oxygène qui nous redonne la pêche!

 

Vue de face

Vue de...dos!

A notre départ de Baños, la cheville va déjà mieux. Nous partons pour Latacunga, petite ville située au pied du Cotopaxi: le volcan actif le haut du monde avec ses 5897 mètres! On s'installe dans un palace! Une chambre gigantesque avec vue sur le majestueux volcan... on kiffe!

Ambiance Paaaaaalace!

Deux nouvelles séances cartes postales nous attendent:la fameuse lagune de Quilotoa: une merveille située à 4000 mètres d'altitude (voir les photos, ça se passe de commentaire!) et le fameux volcan. Nous ne grimperons pas jusqu'au sommet (la mauvaise cheville de Tony est une excuse parfaite) mais atteindrons tout de même le deuxième refuge du volcan, situé à 4800 mètres!

Respect pour Claire: 4800 mètres... même pas mal! (bon, un peu quand même) 

Le Cotopaxi est notre dernier volcan en Amérique du Sud... une jolie façon de boucler la boucle sud américaine: Après l'ascension du Villarica en Patagonie chilienne, après avoir parcouru près de 8500 kilomètres sur les routes depuis Ushuaïa, Claire et Tony s'apprêtent à quitter l'Amérique du sud et à s'envoler vers de nouveaux horizons...

Mais avant cela, Quito, Santiago et la mystique Ile de Pâques... et puis une surprise de taille: Daddy, allias Dudu, nous rejoint à Santiago pour une semaine! Cela fera 6 mois que nous avons quitté la France... les retrouvailles vont être... pleines d'émotions!

Prochain post depuis le Chili!