Camping III

 

Première nuit sous tente, au top! Un p'tit dej' de champions avec vue sur le lac et un p'tit vent qui chasse vite les quelques nuages dans le ciel: ca commence bien!

Cette fois-ci, nous prenons tout notre matériel direction les campement des italiens, à 2h30 de marche. Au bout de 20 minutes, je suis déjà cuit! Claire, elle avance, avec ses 8 kilos sur le dos... une véritable machine de guerre! Un p'tit calcul me dit que je porte dans les 13 kilos... et pour Tony, c'est énorme! La beauté du paysage me fait vite oublier mon sac: cascades, vue sur les glaciers, lacs de montagne... aie aie aie, Torres del Paine, c'est le pied!

Dernière étape avant d'arriver au campement, un pont suspendu façon Indiana Jones avec une pancarte écrite en espagnol et en anglais « pas plus de deux personnes en même temps sur le pont ». Claire et moi, on la joue safe, on passe un après l'autre. Claire se lance au dessus du torrent: le pont se balance et de l'autre coté, un rangers du Parc la regarde en se marrant... A mon tour, je traverse ce pont, qui me rappelle un peu une étape d'accrobranche. On y est! Nous posons notre tente sous les arbres, à une quarantaine de mètres du torrent. Tony, en expert campeur, choisi l'emplacement en fonction de son inclinaison, de sa couverture au vent, et de la proximité des sanitaires. Claire, en maitre d'œuvre avertie, décale la tente de quelques degrés et donne son accord. La tente North Face (la tente des pros quoi) est montée en 10 minutes. Comparé à hier, nous avons bien gagner la moitié du temps! Demain, je monte la tente mieux qu'une Queschua!

Casserole – réchaud – pâtes, la recette du campeur. Et en prime, un ch'tit dessert avec des grosses bananes vertes achetée à Puerto Natales. Manque de bol, les grosses bananes vertes sont en fait des bananes qu'il faut cuire. Claire, qui avait émis un léger doute sur celles-ci la veille s'étant pris un « t'inquiète, j'connais, les bananes, elles sont vertes en Amérique du Sud », savoure sa revanche... Oui, je me suis planté. Oui, je me suis tapé un kilo de bananes vertes sur 8 bornes pour rien. Oui, la prochaine fois, je demanderai . Non, je ressorts pas le réchaud, je viens de laver la casserole dans le torrent, et là, j'ai les mains bleues. Oui, on y va mon amour. Non, on prend pas les bananes...

Allez, on attaque la vallée des français, qui commence par une bonne grimpette le long du torrent. On passe de 400 à 800 mètres en une petite heure...gravissant des pierriers entre deux flancs de montagnes. Encore une fois, hardcore! Et encore une fois, nous sommes récompensés de nos efforts: un nouveau glacier, juste au dessus d'une forêt super dense, presque tropicale (sérieux!). Un air d'avatar... sauf que nous, on pas des dragons pour porter nos p'tites fesses là-haut. 4 heures plus tard, nous arrivons à un nouveau campement où deux américains montent leur tente. Nous hallucinons de voir qu'il sont avec eux au moins trente kilos. Il font le « W » dans le sens inverse du notre: ils arrivent sur la fin et pensent le terminer demain. Ok, ils sont quand même fort ces ricains. Pour notre part, la victoire du jour sera d'arriver au bout de la journée et d'atteindre le mirador avec une vue panoramique sur un cirque de montagnes aux à-pics incroyables. Une dernière grimpette qui semble ne plus finir. Petite pensée pur le guide du Routard, dont les auteurs sont semble-t-il d'anciens grimpeurs professionnels. Parce que moi, quand je grimpe une pente à je-sais-pas-combien-de-degrés-mais-vachement-raide, manquant de me casser la gueule 5 fois sur 5 mètres (maman, nous sommes assurés accident, tout roule) et devant m'aider de mes bras, de mes coudes et de tous les arbustes, rochers, arbres morts sur mon chemin pour arriver au bout....bah, je suis pas sûr qu'on puisse qualifier le niveau de la rando de « moyen ». Si ça ne tenait qu'à moi, ca serait plutôt un niveau «prenez votre  belle-mère à avec vous »: si elle arrive à monter, tu es sur qu'elle redescend pas . Enfin, p'tet que les mecs du routard pensent qu'on part tous avec notre belle-mère en rando, et qu'en fait, il veulent rendre service (nb: ceci est une illustration, ma belle maman est une femme adorable, pour ne pas dire idéale). Arrivés en haut, on retombe sur le groupe d'israéliens de la veille. On pige pas, on est parti avant eux, on les pas vu sur le chemin et là, on tombe sur 4 mômes de 20 ans qui fument des clopes en regardant le paysage. Soit on s'est planté de tracé (et dans ce cas la, je retire mes critiques sur le guide du Routard), soit on à sacrément pas la forme et le vue qui baisse. Nous opterons pour la première hypothèse, question de fierté.

Une vingtaine de minutes plus tard, nous redescendons: quelques gouttes commencent à tomber, ca serait dommage de se faire rincer. Une demie-heure plus tard, c'est le déluge. Je me sens un peu comme ces personnages de BD qui se baladent avec un nuage qui leur flotte dessus: autour de nous, il fait soleil, au-dessus de nous, il flotte grave. Encore un surprise de la Patagonie! Mais, on garde le moral, on est équipé... quoi que là, il aurait mieux valu sortir le bon vieux ciré jaune du breton qui part en vacances à la montagne. Descente encore plus difficile que la montée. Et en plus, on se paume. Quand je dis on se paume, en fait, c'est Tony qui se paume. Lä encore, le coup du « t'inquiète, j'connais la montagne, chui né dedans, on va prendre un raccourci», bah ca marche pas à tous les coups. On arrive enfin au campement à la tombée de la nuit. Il flotte, il flotte, il flotte. Vision presque irréelle quand on arrive devant la tente. A coté, deux norvégiens (ou danois, ou suédois – c'est pas le propos) arrivés entre-temps font chauffer une soupe sur leur réchaud... Couvercle ouvert. Je me dis que ca doit être leur façon à eux de mettre l'eau dans la soupe. Pas le temps de la leur poser la question. En camping, quand il fait beau, tu discutes avec tes voisins. Quand il flotte, tu te parles à toi même en te demandant ce que tu fous là. Casserole-réchaud-pâtes. Ca faisait longtemps. La vaisselle, on la fera demain: je tiens à mes mains.

Deuxième nuit sous la tente. Au flop! Il a plu toute la nuit et au réveil, le torrent de la veille et devenu un fleuve et a dû monter d'au moins 1 mètre. Vision carrément irréelle: nos deux nordiques de la veille sont en train d'essorer leur sacs de couchage... sous la pluie! À Quelques mètres près, on aurait eu droit au même sort. La seule cahute a peu près abritée est blindée des 15 campeurs qui ont visiblement tous passés une nuit pas terrible. Retour à l'age de pierre: l'homo-sapiens regarde la pluie tomber et attend que ca passe. The cherry on the cake: les chiottes sont HS. Je ne donnerai pas de détails quant à l'humeur de ma blonde, si ce n'est qu'elle prend avec un humour tout relatif ma proposition de lui faire cuire des bananes vertes pour le p'tit dej. Bon. Ca fait 5 jours qu'on est parti. Encore 360. Des treks, on va en faire plein... et là, on a déjà fait deux jours vraiment cool. Il est p'tet temps de se rentrer. Contrairement aux autres campeurs, nous décidons de faire notre valise (enfin, notre sac à dos) et repartir au campement du jour 1. Il y a un bateau à 12h30... il est 10h30 et hier, nous avons mis 2h30 pour arriver jusqu'ici. Chaud. On la tente quand même. Le retour est chaotique. Les sentiers sont couverts de boue et parsemés de flaques, voir de marres... et il pleut encore plus que la veille. Au bout de 30 minutes, nous sommes trempés jusqu'aux os. Après une heure, on rattrape deux gars... en ciré jaune. Je tente un « Kenavo! », sans succès: les cirés jaunes sont des allemands qui devaient revenir de Disneyland à en juger par le Mickey Mouse imprimé sur leurs dos. Il ont le même projet que nous... Nous faisons un bout de chemin ensemble et nous rendons compte assez vite que de chopper le bateau est pratiquement mission impossible: on prendra celui de 18 heures, au moins, on attendra au sec au campement 1. Mais 18 heures au bateau, ca nous fera un départ du parc avec la navette de 20 heures et arriver à Puerto Natales à 22, au plus tôt. On a pas de chambre pour ce soir et quelque chose nous dit que nous ne sommes pas les seuls à se replier... il faut chopper ce bateau de 12h30! La dernière heure de marche devient une heure de course – littéralement – nous demandons à combien de temps nous sommes du campement au peu de randonneurs qui font le trajet inverse et Tony regarde sa montre toutes les 5 minutes. A midi, nous croisons deux ricains qui nous disent être partis il y a une grosse demie-heure. Ils sont forts ces ricains... ca veut dire que ca fait un peu plus pour nous... Là, je dis à Claire que je vais speeder un max et essayer de retenir le bateau (si j'arrive à temps...) en l'attendant. Elle me dis « ok ». Je pars donc en petite foulée, avec tout mon bardas, sous la flotte qui n'en fini pas de tomber... et au bout de dix minutes, je suis cuit... et oui, encore... je décide donc de continuer en marche « forcée » en espérant arriver à temps. Là, j'entends: « allez GO GO GO! » J'hallucine! ma blonde est là, derrière moi! Elle aussi a couru et me passe devant façon « la gazelle ». Pour ceux qui connaissent Claire, c'est vraiment dur à croire, mais je vous le dis: une machine de guerre ma blonde! Je reprends du poil de la bête et repasse devant. On se croirait en fin d'étape dans Pékin Express...Putain, il est où ce bateau! Dernière colline. A 1 kilomètre environ, on aperçoit une longue file de K-way de toutes les couleurs sur l'embarcadère... Il est pas encore là! Nous dévalons l'autre flanc de colline aussi vite que nos jambes nous le permettent – croisant un couple qui s'écarte pour nous laisser passer – ils ont certainement dû nous prendre pour des fous - plus que quelques centaines de mètres... Trempés et rouges comme des tomates pressées, nous arrivons enfin à l'embarcadère. Le K-way nous regardent, et leur regards en disent long: on doit pas être beaux à voir... mais on l'a fait! Le catamaran arrive à son tour et débarque sa cargaison de campeurs tous propres. Une fille me regarde et demande à son mec en anglais « t'es sur que tu veux camper là? »...

Dans le bateau, nous profitons d'être au sec pour changer de vêtements. Cause perdue, mon sac est devenu un aquarium. On abandonne. Nous ne sommes pas les seuls dans cet état. Cela nous rassure, on avait l'impression d'être les seuls à avoir galéré... Au milieu de la traversée, nouvelle hallucination: soleil radieux, au moins 5 degrés de plus. On doit être à peine à 5 bornes! Je comprends mieux la surprise de la campeuse de tout à l'heure... Nous montons quelques minutes plus tard dans le bus. Et là, nouvelle épreuve. Des bus, on en fait quelques uns avec Claire. Des classes, et des pourris. Là, c'était un mélange des deux: un bus classe, remplis de campeurs pourris. Je peux vous dire que 50 campeurs qui enlèvent leurs pompes de marche en même temps dans le car, après trois jours sans douches et une journée sous la flotte... ca bat tous les records. On pourrait en faire une épreuve au prochain Kohlanta. Forcement, tu es tenté d'ouvrir la fenêtre pour respirer un peu, mais là, comme t'es trempé, t'a froid... sans compter que tes voisins de bus te gueulent dessus (moins sympa, les voisins de bus ce coup là). Donc tu t'abstiens. Et puis, dans l'adversité, tu finis par fraterniser avec tes voisins de bus. On a rencontré 4 alsaciens qui venaient de se taper 15 bornes de marche le matin même, soit le double de nous, sous le même déluge... Respect. Il sont forts ces alsaciens.

Arrivée à Puerto Natales vers 16h30. Nous devons ramener notre tente. Enfin, notre bâche, notre... machin Nurth Fosse. La loueuse nous confirme que nous sommes les dixièmes à avoir ramener notre équipement plus tôt – ca fait toujours du bien de sentir que t'es pas le seul loser de la journée.

Enfin, direction notre auberge, pour voir s'ils sont ok pour décaler notre nuit, réservée normalement 3 jours plus tard... Pas de problème, ouf! une bonne nouvelle. La chambre ressemble vite à un camp de réfugiés: on suspend tout ce qu'on peu suspendre... avant d'aller prendre une bonne douche et de se payer un burger et une bière!!!

Demain, départ pour El Calafate. Nous n'aurons pas vaincu le fameux « W »... On se console en se disant qu'on a fait le « V », et ça pour nous, c'est déjà une Victoire.