C'est pas l'Pérou!

24 juin 2011.

Nous sommes au Pérou depuis deux semaines. Deux semaines passées au rythme des bus et des barrages!

Avec notre record de 23 heures passées entre Iguazu et Salta en Argentine, nous pensions être aguerris aux longs trajets... Prétentieux que nous étions! Depuis notre départ de La Paz le 3 juin, nous avons totalisé pas loin de 50 heures de transport... Rejoindre le Pérou depuis la capitale bolivienne fut pour nous une épreuve digne des meilleures épisodes de Pekin Express! La frontière n'était pourtant pas si loin: il n'y a normalement pas plus de 4 heures de route entre La Paz et Copacabana, ville-frontière posée sur les rives du Lac Titicaca.

Seulement voilà, la situation politique au Pérou est plutôt tendue: 10 000 mineurs péruviens manifestent leur colère à coup de dynamite et de barrages musclés à la frontière, bloquant le trafic entre les deux pays. Cette situation pour le moins explosive dure depuis plusieurs semaines. Depuis La Paz, nous n'en savons pas plus... mais nous n'en parlons pas moins. Le blocage de la frontière est le sujet principal des conversations entre voyageurs. Certains disent que ça passe à pied: On prend un bus jusqu'aux barrages et là, il reste quelques kilomètres pour passer la frontières au milieu des manifestants. Option « moyen chaud » pour nous: on entend parler de bus « cailloutés » et de gringos « secoués » alors qu'ils tentaient de traverser. On nous parle aussi de prendre un bateau sur la Lac Titicaca pour éviter les blocages... Mais il semble difficile d'atteindre les rives du lac sans passer à un moment ou à un autre par un barrage...En fait, personne n'est sait rien. Les boliviens n'en savent pas plus et les journaux racontent tout et n'importe quoi (A moins que ça ne soit moi qui ne comprenne rien!). La seule chose que l'on sache est que la situation pourra évoluer à la suite des élections présidentielles péruviennes. Celles-ci auront lieu dimanche. Avant cela, rien. On reste en stand-by, comme beaucoup. Nous prenons donc notre « mal » en patience. Après tout, nous avons le temps... Du moins plus de temps que la plupart des touristes que nous rencontrons. Ceux-ci optant souvent pour des vols entre les deux pays, déboursant plus de 600 USD par personne! Quand on prend trois semaines pour visiter les deux pays, les priorités ne sont pas les mêmes...

Dimanche passe. Humala, candidat de gauche, remporte les élections... Ce qui semble être plutôt une bonne chose pour nous. Une annonce de levée des barrages par les manifestants est faite pour la seule journée de mardi. Nous avons une toute petite fenêtre.... et courons dans une agence pour réserver deux places dans le premier bus pour Puno (située elle aussi aux bords du Lac Titicaca, de l'autre coté de la frontière). Sortis de l'agence, deux billets dans les mains et le sourire aux lèvres, nous remercions une nouvelle fois notre bonne étoile. Nous n'aurons perdu que deux jours... Une dernière soirée à La Paz avec nos potes belges que nous avons rencontré sur le bateau pour la jungle... et lever aux aurores, pour être au terminal à 6 heures. Le bus est là, les passagers aussi. Un beau bus 2 étages, grand luxe... parfait! Confortablement installés dans notre palace roulant, nous disons « hasta la vista » à La Paz: une ville magnifique, surprenante, agitée, super polluée, qui laissera une sacrée place gravée dans nos mémoires. Plus d'une heure sera nécessaire pour sortir de l'agglomération et nous lancer vers l'ouest, en direction de la frontière. Nous sommes partis. Le bus bifurque alors sur une piste de terre et ralenti son allure. Ça balance dans tous les sens... Le chauffeur arrête un taxi qu'il croise et lui demande si la route est praticable pour son mastodonte... Ca sent pas bon tout ça... Quelques questions plus tard, nous apprenons qu'en fait la route « normale » est bloquée par des manifestant boliviens cette fois, et que nous prenons « una routa alternativa ». En Amérique du Sud, on apprend vite la définition de « routa alternativa »: ca veut dire que tu vas te taper une route de terre super tape-cul, et qu'au lieu de mettre 5 heures de route, tu vas te taper 10 heures de trajet sans stop pipi ou casse-croute vu que le chauffeur à déjà les boules et qu'il a déjà perdu trop de temps comme ça. Bon... Claire et moi, on prend les choses avec une certaine philosophie: de toute façon, c'était trop beau! Et tant qu'on passe la frontière AUJOURD'HUI, on va pas se plaindre. Le bus continue donc... de plus en plus bringuebalant à mesure que la route devient de plus en plus impraticable. Après quelques kilomètres, on s'arrête. Le chauffeur, les potes du chauffeurs et tous les gars qui trainaient par là discutent. Je regarde dehors et voit un petit ruisseau traversant la route de terre. C'est faisable... mais peut être pas. Le chauffeur nous demande de descendre du bus pour gagner du poids. Je me dis « bon, ils sont 12, ils savent ce qu'ils font... ». A ce moment, j'assiste à la manœuvre la plus débile que j'ai jamais vu de toute ma vie! Le chauffeur passe la première, fait ronfler le moteur et attaque le ruisseau de front avec son engin!!! Résultat immédiat: bus encastré dans les pierres et pare-choc arraché. 15 minutes de tergiversation, 4 gars placés sur les cotés du bus pour guider le chauffeur...Tout ça pour ça.

ca passe ca passe!!Entre consternation et fou-rire, mon cœur balance... mais c'est la frustration qui prend vite le dessus. Le chauffeur, visiblement énervé (contre lui-même?...) déclare au bout de 5 minutes de tentative de réparation que la frontière est fermée: « Volvemos a La Paz! ». Les passagers, jusqu'alors spectateurs, passent à l'action et s'en mêlent: des péruviens insultent le chauffeur, des boliviens descendent leurs sacs et commencent à faire du stop... Et les quelques gringos, dont nous, observent...Un d'entre-nous arrête une voiture de police et demande si la frontière est ouverte. « Bien sûr qu'elle est ouverte! ». Le chauffeur, déjà pas bien grand, rapetisse à vu d'oeil. Mais ca change rien. Malgré toutes nos tentatives pour faire changer d'avis notre bien-aimé chauffeur, on retourne à La Paz.

 

11 heures du mat': retour à la case départ. « Hola La Paz !!!»... Cette ville ne semble pas vouloir nous lâcher! Presque 6 heures de bus pour rien... et une bonne engueulade au terminal de bus pour finalement obtenir un remboursement du billet.

Demain, la frontière sera de nouveau fermée... Il ne reste plus d'autre choix que de passer par le Chili. Cela signifie redescendre vers le sud pour ensuite remonter et passer la frontière Chili-Pérou. Plus « sûre » cette option est également plus longue et plus chère... Mais c'est la seule que nous ayons! On se plaint pas. On a lu le bouquin de Mike Horn (merci Franck et Carole!!!). Et 16 heures de bus en plus, c'est rien à coté de 3 mois d'Amazonie tout seul avec sa machette. Quoi que, si j'avais eu une machette... peut être que le chauffeur aurait continué.

 

19 heures, on retrouve nos potes belges. Pour le coup, on leur a raconté une bonne histoire française, la nôtre de ce matin. Petite bouffe marocaine (on peut pas manger tous les jours du poulet avec du riz et une feuille de salade) et on se quitte à nouveau, avec pour projet de se revoir d'ici quelques semaines au Pérou.

 

6 heures du mat' le lendemain: de retour au terminal du bus de La Paz, pour un bus direction Arica, Chili! C'est parti pour 9 heures de routes asphaltées et une traversée du Parc National Sajama: une belle compensation! Volcans au sommets enneigés culminant à plus de 6000 mètres d'altitude coté bolivien, dunes de sables gigantesques en descendant sur la mer coté chilien... finalement, on regrette pas d'être passé par là! Nous sommes accompagnés par Hendrick, un voyageur belge (encore un!) rencontré de le bus « malchanceux » de la veille...

Arrivés à Arica au Chili, nous devons trouver un moyen de rejoindre Tacna, coté Péruvien pour rejoindre ensuite Arequipa, notre destination « finale »... Et là: impossible de retirer de l'argent. Ni ma carte ni celle de Claire ne passent. Il nous reste bien quelques dollars que nous changeons, mais cela ne suffit pas pour rejoindre le Pérou. Hendrick, plus prévoyant que nous, nous avance de quoi prendre le taxi pour le Pérou... Encore une fois, je dis « merci la Belgique! »... Une heure plus tard... NOUS Y SOMMES! Il nous reste plus qu'à... prendre un bus.

De Tacna à Arequipa, 7 heures de bus péruvien... Arrivée à 1 heure du mat', soyons clairs: la tête dans l'cul. On tente une nouvelle fois de retirer... et enfin 100 dollars US sortent du distributeur après 4 tentatives. Nous passerons quelques jours à Arequipa, avant de reprendre la route pour l'est et rejoindre Puno, charmante petite ville minière située au bord du Lac Titicaca, à la frontière Pérou Bolivie... tiens?! Ça me dit quelque chose...

p'tite carte pour ceux qui ont rien capté!