Bus safari


Iguazu, il est 10h30.

Des souvenirs plein la tête, nous nous préparons mentalement à une nouvelle première, moins glamour cette fois - battre notre record de temps de voyage en bus: 23h30! On part à 10h45 depuis Iguazu... pour arriver à Salta le lendemain à 10h15.

Le premier point d'interrogation est le « bus » en lui-même. Depuis Ushuaia, nous avons fait pas mal de voyages en bus, plus ou moins longs... Avec l'expérience, on se rend compte que la compagnie de bus choisie est au moins aussi importante que le temps de trajet. Nous avons nos « chouchous » « Via Bariloche » et « Andesmar ». Ce sont un peu les « Ethiad » et « Singapore Airlines » des bus en Argentine... super confortable, super service, super films... nous avons même eu droit à un bingo entre Bariloche et Mendoza (un vrai, avec les boules, les numéros et la bouteille de blanc à gagner!) Par contre, comme rien n'est gratuit dans ce bas monde (et sûrement pas en Argentine...) les billets sont souvent plus chers. Avec Claire, on se fixe la règle suivante: A partir du moment où on passe la nuit dans le bus, on prend un cama (cad lit) et on essaye d'avoir une de nos compagnies chouchous. Pour notre Iguazu-Salta, on innove...sans trop de choix: une seule compagnie propose un direct, sinon, on part sur des changements en pleine nuit et plus de 27 heures de trajet! Nous prenons donc nos billets chez « Flechabus »... et à l'arrivée à la gare routière d'Iguazu, nous sommes rassurés. Le bus est flambant neuf.

Nous avons réussi à booker les places « Maxi-King »: les deux places tout devant à l'étage.

Le choix des places dans le bus est aussi délicat que celui du bus en lui-même: en fonction de la position des écrans de télé (trop près, tu finis avec un torticolis, trop loin, tu t'éclates les yeux à suivre Harry Potter sur son balais), de la distance entre ton siège et les toilettes (à coté c'est pratique quand tu fais douze heures de bus... mais trop près... tu prends un risque certain. Ceux qui ont connu le supplice des toilettes de campings après le passage de trois escouades de scoots au régime saucisson-raviolis depuis deux jours comprendrons de quoi je parle), de ta place même dans le bus (si tu est à l'avant, beaucoup de monde va passer à coté de toi à chaque arrêt – en pleine nuit, c'est pas forcement génial, d'autant que ça accroît le risque de te faire piquer un truc au passage.

Avec la place Maxi-king, tu as une vue panoramique sur la route, ta ptite télé perso, de la place pour les jambes et tu peux aussi placer tes sacs de sorte que le mec qui veux de les piquer est obligé de passer physiquement sur Tony – et vu le gabarit de Tony et ses connaissances en Kravmagah (Merci Oliv'), même un champion de boxe bolivienne n'oserait pas.

Les Maxi-King, c'est le top. Bon, le bémol, c'est qu'en cas de collision frontale à 100km/heures en pleine nuit, tu peux te retrouver au Brésil ou en Bolivie (en fonction de la direction du bus), alors que le bus et les autres occupants sont restés en Argentine. Mais bon, Claire et Tony, ils ont pas peur. C'est bien connu, les conducteurs de bus en Amérique du Sud, ce sont des vrais. C'est pas comme chez nous.

Nous voilà donc partis... prêts à avaler d'une seule traite la route argentine et ses 1500 kilomètres! Pas fâchés d'embarquer et d'avoir un peu de clim' (à 10h00 il fait déjà plus de trente degrés à Iguazu), nous mettons nos sacs en soute et grimpons à l'étage... d'un frigo géant. Nous venons d'embarquer dans un bus frigorifique. Sur le moment, je me demande si leur technique est de te cryogéniser histoire de pas avoir à te servir de repas pendant le trajet. Voyant Diego, notre « bus attendant » (ca pête moins que stewart... mais basiquement, c'est la même chose) je lui soumets de mon plus bel espagnol la requête de baisser un peu la clim', histoire de pouvoir apprécier un peu le paysage avant de tomber en hypothermie. D'un grand sourire, il me dit « no hay problema » que j'interprète comme un « pas de problème »... en fait, il devait certainement me répondre que la climatisation n'était pas un problème pour lui – on ne l'a pas revu avant deux heures, moment qu'il a choisi pour offrir un service thé, café, maté – doux souvenir du café fumant servi en terrasse d'un restaurant d'altitude, par vent de force 5... La Haute-Savoie au premier étage d'un bus première classe. Merci Diego de me rappeler ma maison.

Bon, il fait froid... et alors???? on est des montagnards nous! On sort les polaires et les vestes, on s'équipe façon bivouac. On oublie la clim... et on profite de la route qui défile devant nous. Nous descendons vers le sud en longeant la frontière du Paraguay et passons par la région des Missions Jésuites... Le temps est magnifique et les paysages à couper le souffle. La journée passe étonnement vite... Nous avons droit à un coucher de soleil aux premières loges alors que le bus roule direction Nord Ouest pour rejoindre Salta et le début des Andes...et étonnement, la nuit passe...pas trop lentement.

Arrivée à Salta.

La tête un peu dans le... les choux, je soulève mon sac et me dit qu'une bouteille de flotte à dû péter à l'intérieur. Il est trempé. Même tarif pour celui de Claire... Et bien non! C'est juste que le moteur de la clim' était sous nos sièges et que Diego & Co ont mit le bordel à fond les ballons pendant 23 heures – résultat, deux litres de flottes sous nos pieds. Allez! On positive... on est arrivés! Sortis de notre frigobus, nous partons direction le centre-ville avec nos maisons sur le dos, fiers de notre nouveau record... et relativisons assez vite celui-ci en pensant aux dizaines de bus que nous prendrons en Bolivie, au Pérou, en Equateur...

Nous trouvons un hostel assez rapidement, dans la même rue que notre agence de location de voiture. Car OUI! Claire et Tony ont (à nouveau) craqué et louent une voiture pour 15 jours! Le temps de passer une journée « remise à niveau » (laverie, supermercado, sieste et petite visite du centre Ville, très sympa d'ailleurs) et une nuit réparatrice, nous voilà prêts à embarquer dans notre VW. Une GOL. Au début, tu te dis que le F à la fin a dû tomber... mais non... c'est bien une GOL. Une voiture unique. Hybride d'une polo, d'une golf 3 et d'une Seat Ibiza! Je me demande même si un brun d'Audi n'est pas allé se nicher dans le capot... Intrigué, je scrute les lignes de notre nouvelle monture sans même me rendre compte que nous avons été surclassé! La journée commence bien, malgré cette petite crève que Claire et moi avons choppé à force d'avoir passé trop de temps aux sports d'hiver la nuit précédente.

 

 

Une G.O.L. Un pilote. La piste.

 

 

C'est parti! Ce moment, on l'attend depuis le début du voyage: Tailler la route dans la région de Salta... Nous descendons au sud vers Cafayate, haut lieu viticole du nord ouest argentin. Pour y arriver, nous passons par des vallées montagneuses où se succèdent montagnes noires imposantes, collines bordées de cactus et cathédrales de sable rouge forgées par l'érosion... Pour un peu, on se prendrait pour Thelma et Louise (rectification, Claire est Louise... je suis Brad Pitt).

Arrivée à Cafayate en fin d'après-midi, nous nous arrêtons au camping, et louons un charmant petit cabanon pour la nuit. Plutôt low budget (40 pesos la nuit, soit 7 euros), ça compense la loc de la voiture. Le temps de mettre le matos à l'intérieur et nous partons à la recherche d'empanadas et d'un p'tit verre de rouge - Mission plutôt aisée, nous dégustons quelques minutes plus tard notre repas du soir à la terrasse d'un p'tit bistrot argentin. Un verre de « Vino del dia » à la main, nous préparons notre itinéraire des prochains jours. Destinations, calcul du budget essence, logements & co... La soirée passe à toute allure. De retour au camping, parés pour une bonne nuit, je reviens de mon brossage de dents tri-quotidiens (important, parole de fils de dentistes) et ouvre la porte du cabanon. Devant moi, Claire prépare son p'tit lit: elle sort son p'tit sac de couchage, son p'tit sous sac, fait son p'tit oreiller avec la polaire de Tony... et n'a pas vu qu'à 20 cm au-dessus d'elle, une araignée est fixée sur la tôle.

A ce stade, il convient de mentionner deux points essentiels:

  1. Claire est arachnophobe. Vraiment, vraiment arachnophobe. Il m'est arrivé de devoir trucider plus d'une petite bêbête pour lui permettre d'accéder à la cuisine (qui fait office de lieu saint pour Claire) dans notre appart à Lausanne.

  2. L'araignée est grosse. Vraiment, vraiment grosse. Un corps de 5-6 cm, des pattes velues, de couleur marron tigrée noire. Une vraie bestiole, pas une p'tite bêbête suisse.

 A la vision du monstre, je prends mon courage (et Claire) à deux mains (je suis pas fan des ces bêtes là moi non plus... et d'ailleurs, qui l'est?)... et lui propose d'aller voir dehors si il fait nuit (pas trouvé mieux). Ca marche, elle se dirige vers la porte. Ma chérie est blonde et dans ce cas, c'est un avantage...mais pas assez blonde: elle se doute de quelque chose et s'arrête sur le pas. Instinctivement, je pose mon regard là où je ne veux pas qu'elle pose le sien... La suite est floue. Je sais que Claire a crié (pardon, hurlé), s'est littéralement propulsée hors du cabanon et s'est enfermée dans la voiture en moins de deux (elle à quand même pris soin de refermer la porte derrière elle me laissant seul avec la bête – je n'aurai pas donné cher de ma peau s'il était arrivé la même chose avec un lion en Afrique du Sud). Pour ma part, j'ai eu l'occasion de tester le grippe de mes sandales de marche sur la tôle. Victoire, j'ai trucidé le monstre. La bête gît lamentablement sur le sol en bois. Comme tout bon trophée, j'ai pris le temps de photographier la bête avant de l'occire.

Problème résolu... Que je croyais! Pour Claire, il est tout bonnement IMPENSABLE de dormir dans cet endroit.

 

Le lieu du drame, avant le drame

LA BÊTE

 

 

Pour être tout à fait honnête (le peu d'image virile dont je disposais jusqu'à présent fond comme neige au soleil), cela m'arrange un peu... Elle était énorme cette araignée! Je n'ai jamais vu une araignée aussi grosse!!! Ca promet pour l'Equateur!

Alors voilà. On se retrouve à 23 heures, devant le cabanon. Claire propose de dormir dans la voiture... j'y renonce pour ce soir. Je range le matos dans les sacs et les sacs dans le coffre. On part à la recherche d'un hostel. Trente minutes plus tard, nous sommes dans une chambre à 100 pesos la nuit (à ce prix là, on espère pas avoir d'araignée mutante prête à te faire la peau)... Surement la plus jolie que nous ayons eu depuis le début du voyage... On se dit que c'est pour fêter nos deux mois en Argentine!

Bilan de la soirée... On aurait vraiment dû acheter une tente avant de partir en Amérique du Sud: les araignées peuvent rentrer à l'intérieur, mais une fois débarrassés des bestioles, tu sais qu'elle peuvent plus rentrer. Nouvelle règle du tour!