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Roulements de tambour..... Ta Dam! La « deuxième phase » de notre voyage a commencé:!

Après 6 mois d'Amérique du Sud et une courte étape australienne, nous entrons en Asie...

Le changement est radical sur tous les plans: il fait chaud et humide, plus personne ne parle espagnol, les gens sont presque tous souriants... et nous ne sommes plus seuls! Manuela, ma grande soeur, nous a rejoint à Singapour pour nous accompagner durant deux grosses semaines.

Autant dire que le choc à notre arrivée à l'aéroport de Singapour est énorme. Le luxe de l'aéroport, l'air conditionné partout, la classe des business women, et... une folle-dingue qui nous fait des grands signes et saute dans tous les sens à la sortie des bagages!

Manuela est arrivée une heure avant nous et malgré ses 19 heures de vol et quasi 0 heure de sommeil, elle a la patate des grands jours! Après 6 mois et demi, Claire et moi retrouvons Manu... Manu est la dernière personne que nous avons quitté avant de monter dans l'avion pour Londres. Manu est presque la première que nous retrouvons, après mon père qui nous a fait une visite surprise à Santiago. Cet instant marque le début de notre deuxième voyage. A partir de maintenant, nous ne serons quasiment plus seuls. A part un petit mois que nous passerons aux Philippines en Octobre, nous serons accompagnés jusqu'à notre entrée en territoire indien. C'est fantastique de penser que plusieurs membres de nos familles et de nos amis nous rejoignent.

« Tu te rends compte... Il y a quelques heures à peine, j'étais à Sydney, toi à Dubaï, alors que notre petite soeur était à Montréal et nos parents en Haute-Savoie... »

Si t'as sommeil, écoute ACDC!

Notre trînome fraîchement débarqué en Asie s'embarque dans le métro fraîchement climatisé de Singapour.Direction Boon Lay, arrêt Kallang. La consonnance des lieux change. Fini les Plaza des armas et autres avenues San Fransico. Les gens sont silencieux. Le sol du MRT (Mass Rapid Transit) est immaculé. Clairement, nous ne sommes plus en Amérique du Sud! Ici, on respecte les règles: on ne boit pas (même pas de l'eau!) dans le métro, on traverse au feu vert... et on dort pas n'importe où!

On the M.R.T!

Descendus du métro, nous partons à la recherche de notre palace. La chaleur est accablante. À 23 heures, il doit faire 35 degrés avec un taux d'humidité de 100%... avec 20 kilos sur le dos, c'est chaud!

L' « Ideal Backpacker hotel » n'est pas loin... Avec un nom pareil, on ne peut pas mal tomber! En quelques minutes, nous retrouvons notre mini chambre climatisée... 6 mètres carrés, 2 lits superposés, 1 écran plat, 0 fenêtre, 15 euros par personne sans petit dej... Cherchez l'erreur!

 

Claire reste dans la chambre, bien décidée à profiter de son lit un maximum. Manu et moi, trop heureux de nous retrouver, descendons dans la rue de l'hôtel à la recherche de quelque chose de frais. Quelques minutes plus tard, je découvre la boisson qui constituera probablement l'essentiel de mon régime liquide lors des prochains mois: la BINTANG!

(ndlr: l'abus de boissons alcoolisées n'est pas promu par l'auteur. Seuls quelques cas rares et particuliers font exception, parmi lesquels: Fêtes de famille (belle famille comprise), anniversaires d'amis proches ou de vagues connaissances, fêtes de la Musique, festivals (préférence pour les scènes extérieures), pots de départ, apéros de bienvenus, fêtes des voisins, saison des vendanges, jours de grève et de vacances. D'autre part, l'entrée en territoire alsacien, bourguignon ou luxembourgeois exempte l'auteur et le lecteur de toute sorte de limitation en la matière).

Le lendemain, nous partons à la découverte de la métropole la plus étonnante que je n'ai jamais vue. Singapour ne constituait qu'une étape « pratique » entre l'Australie et l'Indonésie. Aujourd'hui, Claire et moi regrettons de nous y être arrêtés seulement une journée...

En compagnie de «BP 3 » alias "Backpacker 3" alias Manuela, nous découvrons une architecture incroyablement futuriste, stylée, magnifique. Des gratte-ciels immenses, surmontés de passerelles gigantesques reliant les toits des immeubles. Les voitures sont propres (c'est obligatoire!), silencieuses, quasi neuves... et peu nombreuses. Singapour est la première ville au monde à avoir installé un système de péage pour accéder à son centre-ville. Résultat... malgré la chaleur ambiante, on respire!

Singapour est donc à marquer d'un point « vert » sur notre carte du monde. Une ville-état dans laquelle il faudra revenir.

Le lendemain, nous partons pour Jogjakarta, notre première étape indonésienne, au sud de l'île de Java. Nous embarquons pour notre premier vol AirAsia, compagnie Low Cost élue meilleure compagnie Low Cost en 2009, 2010 et 2011 (absolument, c'est sur son site web!).

Une chose est sûre, c'est une vraie compagnie Low Cost: quand tu achètes un billet annoncé à 25 euros, tu finis par le payer 55, comme dans vraie une compagnie Low Cost. Les hôtesses sont aussi aimables que des portes de prisons indonésiennes, comme dans une vraie compagnie Low Cost. Mais Air Asia fait mieux que les autres! En plus de faire payer son numéro de place, les extras bagages, le check-in (si si c'est possible), Airasia t'offre une petite frayeur... mais attention: gratuite! Comme une fumée blanche qui envahit la cabine de l'avion 3 minutes après le décollage par exemple...  Bon...C'est de la vapeur d'eau, pas de panique! Apparemment ça à même fait rire les hôtesses, mais comme on ne pouvait pas les voir, on a pas pu rigoler avec elles.

2 heures de vol en classe humide plus tard, nous atterrissons enfin à Jogjakarta!

Première surprise: Il faut payer un visa: 25 dollars de moins et une nouvelle page remplie sur le passeport... Une étape « renouvellement  de passeport » s'imposera en Thailande! Puis, c'est au tour du contrôle douanier. Nous sommes scannés de haut en bas: photo rétinienne, empruntes digitales... Mais le douanier est tellement gentil et souriant que ça passe comme une lettre à la poste équatorienne.

« Jogja » nous rappelle un peu l'inde. La chaleur, les deux roues, le bordel... Un coup de taxi nous amène en centre-ville, où nous partons à la recherche d'un hostel. Quelques minutes plus tard, Manu et Claire posent leur sac et m'attendent tandis que je m'engouffre dans les dédales de la vielle ville, accompagné d'un rabatteur. Il me montre une dizaine d'hostels avant que nous tombions sur une chambre correcte et pas trop chère... enfin je crois. Quand nous arrivons dans un pays, il y a toujours cette étape « découverte de l'échelle des prix ». Combien coûte une chambre, combien coûte une bouffe, combien coûte un ticket de bus pour faire 5 heures de trajet. Il y a quelques semaines, j'aurai ajouté « combien coûte un paquet de clopes », mais depuis le 14 juillet, je tiens le coup... Maintenant, c'est plutôt « combien coûte un paquet de Mentos ». Une fois que tu connais ces prix, tu peux te faire un idée grossière du reste. Ce soir là, a Jogja, je me dis que l'Indonésie est vraiment cheap. Tu dors bien pour 6 euros, tu manges pour 1. Ce qui est vrai pour Java ne l'est pas forcément pour Bali... Mais pour le moment, nous sommes encore dans un coin un peu « backpack ». C'est du moins ce que nous pensons, vu l'absence de touristes. Nous partons à la découverte de ce premier contact avec l'indonésie. La rue principale de la ville n'est qu'un gigantesque marché à ciel ouvert où tu achètes une montre « Patek filou » ou une casquette « J'accoste » pour 10 000 roupies et un Teri Makasi! (merci en indo). Claire et moi sommes comme des dingues... Manu aussi! Et en plus, on est devenus millionnaires depuis notre atterrissage: ici, 1 million de roupie vaut 80 euros!

Miam!Les premières impressions sont franchement bonnes. Nous sentons une atmosphère détendue, des gens souriants et une sécurité certaine... ce qui tranche avec l'Amérique du Sud, que nous avons pourtant adorée.

Il semble que les voyageurs du Petit Fûté n'aient pas eu la même impression que nous... les avertissements sur « les pick pockets » et les « vendeurs de rue mega insistants, voir agressifs ou violents » pullulent. OK, on va quand même faire gaffe. 6 mois d'Amérique du Sud nous font peut être relâcher l'attention. Cela dit, Manu, tout juste débarquée de Suisse, n'a pas l'air d'avoir besoin d'un garde du corps pour se lancer à l'assaut des stands de fringues de Jogja!

Le lendemain, vers 5 heures du mat', le chant du muesin nous rappelle que nous sommes dans le premier pays musulman au monde. Après l'Amérique du Sud ultra catho, encore un changement majeur.

Nous décidons de rejoindre la fameuse île de Bali, située au sud est de Java. Pour y parvenir, nous passerons par deux étapes de taille: le mont Bromo, volcan en activité et le fameux Kawa (cratère) Hijen, au centre duquel une mine de souffre à ciel ouvert est exploitée par des centaines de mineurs-porteurs. Ces deux étapes font partie des « must go » que Claire et moi avions déterminé avant même de quitter la Suisse en début d'année. Nous démarchons plusieurs agences et sommes surpris par le « peu cher » des prestations proposées. Pour un peu plus de 600 000 roupies (soit 48 euros), nous serons emmenés par mini bus vers les deux sites, logés deux nuits, puis guidés vers le ferry à destination de Bali. Banco! A ce prix là, on ne se fait pas prier!

Départ est fixé au surlendemain. Il nous reste une journée pour visiter les deux principaux sites religieux des environs de DjoJa.

Tout d'abord, le temple de Borobodur, une construction bouddhiste impressionnante par sa majesté, puis le site de Prambaran, un ensemble de 240 édifices... dont seuls les plus importants sont debout.

En 2006, un important séisme à fait s'effondrer la quasi-totalité de ces montagnes sacrées. Aujourd'hui, seuls les édifices les plus importants on été remis sur pied. Le reste n'est qu'un gigantesque champ de ruines... Claire est aux anges... Manu et moi, on suit la guide!

Le lendemain, en route pour le Mont Bromo! Nous décollons à 8 heures du mat'. 12 heures de minibus nous attendent pour cette deuxième journée javanaise. A bord, un couple d'allemands et un couple de belges. Très vite, nous sympathisons et tentons de calmer l'ardeur de notre chauffeur, lequel n'a rien à envier aux plus purs pilotes boliviens... le coté suicidaire en plus! (le fait qu'il croit en sa réincarnation n'est sans doute pas étranger à ela!...)

Lorsqu'il nous dit qu'il a 12 heures pour nous amener... et qu'il doit ensuite revenir à Jogja dans la nuit, on comprend pourquoi il est speed... En quelques minutes de circulation javanaise, Manu passe du « bronzé top chic Clarins » au « blanc-vert-qui-va-être-malade-si-ca-continue ». On lui donne notre petit truc pour pas trop flipper quand ton chauffeur se prend pour Alesi: regarde pas la route, regarde les paysages... Cela dit, lorsque la nuit tombe et que notre chauffeur désormais à la bourre envoie vraiment du bois en passant entre les scooters, les cochons, les 4x4 et les poids lourds à coup d'appels de phares et de klaxon trois-tons... Nous non plus, on fait pas trop les malins!

                                                  BP3, Magik Blond & Couscous - ACTION! 12 heures de mini-bus Alesi - ca laisse des marques

Il est 22 heures. Après 14 heures de route-rallye, nous arrivons enfin à notre hôtel, perché à 1400 m au dessus du niveau de la mer. Demain, réveil à 3h30 du mat': On se fait le lever de soleil sur le mont Bromo! A ce qu'îl paraît, c'est vraiment magnifique... Quelques courtes heures de sommeil plus tard, nous voilà donc dans une jeep direction le fameux point de vue sur le volcan Bromo. Après une heure, notre jeep se gare sur le bord de la route. Devant, derrière, une cinquantaine de jeeps sont garent elles aussi. Des dizaines d'autres arrivent. Ok, on sera pas les seuls... Mais le point de vue est incroyable... Première image forte de notre voyage indonésien!

Vers 10 heures du matin, après un petit déjeuner très très pauvre en calories (une eau au café avec deux bouts de pain – les javanais prennent soin de notre ligne et de leur porte-monnaie), nous reprenons la route pour Ijen. La route est magnifique. Les premières rizières sont en vue... et les plantations de café aussi!

Un café très particulier pousse ici: le Kopi Luwak. « Kopi » pour café, « Luwak » pour... « Luwak » biensûr!

Le Luwak est un animal, en français, nous l'appelons la « civette »... Bien sûr, tout le monde sait ce qu'est une civette! Seulement pour les plus ignorants précisons que la civette fait partie de l'espèce des viverridées... Ce qui nous fait une belle jambe. En gros, visuellement parlant, pour moi ça ressemble à une grosse fouine. Mais alors, pourquoi « Luwak »? Je tourne un peu autour du pot parce que j'ai du mal à expliquer de manière « classe » le processus qui fait fait de ce café l'un des plus appréciés au monde...

Allez, je me lance: les cerises de café sont mangées par ces charmantes petites bêtes, digérées, puis... la nature étant si bien faite, elle se retrouvent de nouveau à l'air libre par la manière la plus naturelle qui soit. Pour ceux assis au fond de la classe qui auraient fait semblant de ne pas comprendre: OUI, les civettes chient le café. C'est justement le fait que le café passe par le tube digestif de ces bébêtes qui rend son goût unique. Celui-ci est ensuite récupéré par la main de l'homme (qui aura pris soin de se couvrir d'un gant au préalable), avant d'être lavé (on s'en sera douté quand même), séché au soleil et enfin très légèrement torréfié.

Résultat, un café réellement délicieux... vendu sur place 20 euros les 50 grammes... jusque trois fois plus chez nous! Quoi? Bien sûr qu'on a goûté! Allez! Faites pas cette tête... Vous aussi, vous auriez aimé!

 

 

                                   

Enfin, nous arrivons à Ijen. Une nouvelle nuit dans un super hôtel au milieu des plantations de café... et le lendemain, nouveau réveil aux aurores. Il est 5 heures du mat', nous partons direction le cratère. A ce moment, nous pensons tous à la beauté de ce cratère, du soufre jaune et de la lagune bleue turquoise, que nous verrons après une grosse heure de marche. Nous sommes Manuela, Claire et moi, réellement excités à l'idée de voir enfin le Kawa Ijen, en vrai. En vrai, les choses sont une nouvelle fois différentes.

Avant de voir ce cratère, nous voyons ceux qui y travaillent. Des hommes sans âge, qui montent la montagne tous les jours avec leurs paniers en osier (deux paniers reliés par une barre de bois que les marcheurs supportent sur l'épaule) et la redescende, chargés du précieux minerai fluorescent. Sur leur dos, environ 70 kilos. Sur le chemin, tous ces hommes nous sourient, nous saluent, nous souhaitent la bienvenue. Troublant sentiment de malaise. Impression d'être ce fameux touriste qui, avec son appareil photo et ses bakchichs, se donne bonne conscience devant la misère humaine. Cependant, nous sommes réellement les bienvenus ici. Le tourisme est probablement la plus grande source de revenus pour ces mineurs-porteurs, qui nous accompagnent jusqu'au sommet du cratère. Manuela et moi suivons l'un d'eux vers la mine à ciel ouvert, située au fond du cratère.

Tout au long de notre descente, nous croisons des hommes chargés comme des mules, peinant à remonter leur fardeau -ce terme convient parfaitement- un simple chiffon mouillé sur la bouche en guise de masque à gaz. Épuisé, l'un d'entre-eux s'arrête et réduit le poids de sa charge en retirant d'infîmes morceaux de soufre sur les blocs qu'il transporte. A coup de petit marteau, il perd plusieurs roupies pour quelques grammes gagnés. Je suis dans une autre époque. Difficile de parler, mais il faut bien rendre la politesse à ces « Hello! » qui n'en finissent pas, à ses sourires qui continuent.

En quelques minutes, je prends une des gifles les plus magistrales de toute ma vie. La beauté du site en devient superflue. Bien plus belle que ce cratère, la gentillesse des hommes qui en vivent. Arrivé en bas, au pied de la montagne de soufre jaune, à quelques mètres de la lagune, c'est comme si le temps s'arrêtait.

Des hommes piochent le sol, chargent les paniers.Autour d'eux, partout, une fumée jaune, dense, toxique... qui les tue à petits feux. J'ai du mal à respirer. Je me sens à la fois tellement privilégié de voir ce que je vois, tellement chanceux de ne pas être eux, et tellement mal d'être témoin d'une scène de misère, d'une violence trop ordinaire... Presque honteux, je remercie mon guide qui va à son tour charger ses paniers... et lui glisse comme pour m'excuser un billet. Une nouvelle fois un sourire.

Il s'appelle Rudi. Il a 16 ans. Je lui en aurais donné 10 de plus.

 Lentement, je rejoins Manuela, puis Claire. Nous redescendons la montagne, sonnés.

Notre périple javanais prend fin quelques heures plus tard. Nous embarquons sur le ferry pour Bali, le coeur saturé d'émotions et la tête déjà pleine de souvenirs. Cela ne fait que 3 jours que nous sommes en Indonésie!