4000 mètres... ou pas!

L'Océan Pacifique. Pour la première fois de notre vie, nous avons vue sur le plus gros océan de la planète!Dans quelques semaines, nous le traverserons, et notre « deuxième » voyage commencera en Asie... Mais avant, plusieurs semaines de rêve éveillé nous attendent. Nous sommes à Huanchaco, petite bourgade située à quelques kilomètres au nord de Trujillo, au Pérou.

Une nouvelle nuit de bus nous y a mené, depuis Caraz et la Cordillière Blanche. En une nuit, nous sommes passés par des cols à plus de 4000 mètres d'altitude pour rejoindre le niveau de la mer. Pour rejoindre Lima il y a une dizaine de jours, nous avons « subi » le même type de route et de dénivelé... avec pour résultat une belle otite pour Tony et une jolie sinusite pour Claire! Notre séjour à Lima aura donc été plus un « pit-stop », pour les hommes et les machines: On se repose... et on demande un effort à notre porte-monnaie, avec l'achat d'un nouvel appareil photo... l'écran du précédent ayant rendu l'âme à notre retour du Machu Picchu. Bon, si on doit acheter un nouvelle appareil tous les 4 mois, on est mal barrés!

Depuis Lima, nous avons rejoint en une journée de bus (encore une!) la fameuse Cordillère Blanche... Sur la route, j'ai compté pas moins de 12 sommets enneigés... culminant à plus de 5000 mètres! Nous suivons les Andes depuis notre départ en Patagonie, mais nous n'avions pas encore vu une quantité si impressionnante de monts et montagnes: c'est vraiment époustouflant. Je ne pensais pas penser cela un jour... mais bon, trop c'est trop: Devant cette chaîne de montagnes, notre p'tit Mont Blanc peut retourner battre des oeufs chez Tante Marie, en embarquant son massif avec lui! Arrivés à Caraz, nous retrouvons nos potes belges, avec qui nous voyageons depuis la jungle bolivienne. Motivés, nous décidons d'aller voir ces montagnes de plus près... Direction une agence de location de matos de rando. On nous y parle d'une lagune magnifique située dans la Vallée de Paron. Pour la rejoindre, une petite heure en taxi-bus, et 4 heures de marche. La lagune est logée à 4100 mètres d'altitude. On se regarde tous et comptabilisons nos forces: Nathan et Yasmine, nos potes belges, ont la jeunesse avec eux, et un passé de scoot. Claire et moi avons la sagesse (oui, absolument!) et surtout, nous sommes des HAUT-SAVOYARD BON DIOU! On y va.

Coté matos, on a juste besoin d'une tente et d'une recharge de gaz. Ca devrait être facile à trouver. Tente, pas de souci. Recharge de gaz... plus dur. Le gaz... Encore le gaz! Depuis le début du voyage, on a jamais autant eu de galères qu'avec le gaz. Parti avec un système à clip Camping Gaz complètement inutile en Argentine et au Chili, nous avons décidé de le renvoyer en France et de la remplacer par un système à boulon... acheté à prix d'or à Salta en Argentine. A Rurrenabaque dans la jungle bolivienne, nous avons donné notre cartouche de gaz à notre guide avant de reprendre l'avion pour La Paz – sécurité oblige! Sauf que nos sacs n'ont jamais été checkés et qu'on bien pu garder la cartouche avec nous. Et voilà qu'à Caraz, il y a bien des cartouches... mais cette fois à perforation! Bon ok, ca paraît rien cette petite histoire de gaz...mais pour Tony, ca fait beaucoup. Pas moyen de débourser encore pour louer un système à perforation alors que j'ai un brûleur tout neuf dans le sac! Nous partons donc à la recherche d'une cartouche adaptée. Notre piste: L'hôtel de Nathan et Yasmine: il y ont vu plein de cartouches de gaz sur les étagères! Sur place, on déchante: le proprio nous dit en souriant qu'elle sont vides: ils les a mis là « pour faire joli ». Nous nous rendons compte que c'est cause perdue. La mort dans l'âme, nous retournons donc dans l'agence, résignés à louer un système complet. De l'autre coté du comptoir, la femme du patron nous donne le brûleur et la cartouche. Sur les conseils de Nathan, je décide d'emboiter les deux parties tout de suite et de ne pas attendre d'être à 4000, histoire de vérifier que tout marche bien. Cela dit, ça à pas l'air bien compliqué... il suffit de visser le brûleur sur la cartouche et d'attendre un « clip! ». La patronne ne connait pas le système... c'est pas elle qui va pouvoir m'aider... Et de nouveau, un excès de confiance me prend. « T'inquiète! J'connais, mon film préferé, c'est Camping 2! » Je commence donc à tourner le truc... et entends un « pfffffffoooouuuit! ». Assez rapidement, je me rends compte que quelque chose cloche. La forte odeur de gaz dans la boutique n'est pas étrangère à ce sentiment.

J'hésite entre allumer une clope ou sortir avec le bardas... Par souci pour ma survie et celle de mes camarades, j'opte pour la deuxième option. Aidée par la patronne, je tente de fermer le bordel... et y arrive finalement. « bah voilà, c'est pas si compliqué en fait! ». Sauf que la cartouche est vide. Un peu énervée (c'est euphémisme!) la patronne sort alors une autre cartouche de son comptoir. Tiens... une cartouche à vis! Bah voilà, celle-la, elle va marcher avec MON brûleur! Petite discussion avec notre vendeuse, qui veut nous faire payer les deux cartouches. On s'en sort en ne payant que la deuxième, avec un zeste de discours dynamique et une pincée de mauvaise foi... partagée.

21 heures, nous voilà donc équipés! Plus que quelques courses à faire, et une bonne nuit. Demain, rendez-vous sur la place du village à 6h15.

Claire et moi rentrons donc dans notre hostel, décidés à tomber dans les bras de Morphée au plus vite. Il nous reste plus qu'à faire les sacs et comme on est des voyageurs organisés, ça va être rapide!

Bordéliques, nous?

Manque de bol, une bande de djeun's péruviens, logés dans la chambre en face, avait d'autres plans..

4 heures de sommeil. Réveil qui sonne quatre fois. Douche froide. Sac à dos. Place du village. On rejoint les belges et stoppons dans le marché histoire de faire le plein de vitamines avant le départ. Nous nous arrêtons devant le premier stand de jus de fruits que nous croisons. Aux commandes de ses mixers, un italien d'une cinquantaine d'année nous livre le secret du super jus de fruit frais: « El AMOR chicos! ». Lui, ses fruits, il les adore. Nous, on adore ses jus de fruits!

Boosté à la vitamine C, D, A et E, je réfléchis à commencer la rando du village... Le regard circonspect des belges et la gentille remarque de ma chérie « molo sur les excès de confiance » me mettent vite les pieds sur terre. « Hep! Taxi! ».

45 minutes plus tard, nous sommes à l'entrée de la vallée de Paron. Kilomètre 16. Devant nous se dresse un canyon impressionnant. La route est toute tracée. Impossible d'aller à droite, ou à gauche. « Au moins, on pourra pas se paumer! ». En effet, le brief est simple: tu suis le canyon sur 9 bornes et tu tombes sur la lagune. Un plan simple et sans accroc, comme dirait Hannibal. On est parti! Nous sommes à 3300 mètres, la lagune, à 4100.

Sur la route, un taxi-collectif s'arrête et nous propose de nous amener directement à la lagune « Gracias amigo, vamos a caminar hasta la laguna! ». Mi-vexé, mi-amusé, le chauffeur passe la première et nous enfume de son diesel fatigué. Au bout de quelques minutes, nous pénétrons au fond du canyon. Plusieurs centaines de mètres de paroi verticale nous séparent du ciel. Majestueux. A quelques mètres de nous, une rivière aux eaux bleues turquoise force son chemin à travers les roches. La végétation est faite de fleurs en buissons et d'arbres sans écorce. Un petit air de Patagonie flotte ici... Chargés comme des mules, nous attaquons la montée et quittons la route, guidés par Nathan, notre Chef de patrouille. Une heure plus tard, le petit sentier sur lequel nous marchons disparaît peu à peu. Bon, on est des montagnards et des scoots. On va pas se laisser berner. Claire l'a dit: «  On peu pas se paumer! »

... et bah SI.

Entre la rivière et la paroi, nous passons à travers une végétation de plus en plus dense, à tel point que Nathan se demande si il aurait pas du prendre une machette.

Réaction de Claire « une QUUUUOI????!!!! ».

Tony: « Je crois que c'était une blague mon Amour ».

Nathan: « bah non... »

A plusieurs reprises, nous faisons demi-tour et tentons une autre direction. Grimpant des champs de pierres, avançant à quatre pattes sous les branches des arbres, crachant nos poumons – fumeur ou non fumeur, même tarif.

5 heures que nous montons. L'enthousiasme des scoots du début s'effrite. Mais c'est bon, il est 1 heure de l'aprem'. On devrait plus être loin. Nous décidons d'essayer de rejoindre la route, qui surplombe un champ de pierres, une centaine de mètres plus haut. Il nous faudra pas moins d'1h30 pour trouver un accès. Pour la première fois, nous employons le terme de « galère ».

15 heures. Nous rejoignons enfin la route! Au loin, une borne kilométrique avec le numéro « 27 ». On a fait 11 bornes...en 6 h! Ok, on est pas des sportifs... mais bon... même pas 2km/h!

11 bornes? Attends, ils nous avaient dit « 9 » à la boutique... Conseil de guerre. Il y a celles qui commencent à vraiment en avoir marre, et ceux qui voudraient quand même la voir cette lagune! Décision est prise: On continue.

A 16 heures. Le moral des troupes baisse dangereusement. Ultimatum. On se donne 30 minutes en traçant dans la végétation pour trouver la lagune. Autrement, on campe là où on se trouve. Devant nous, une colline et au loin une cascade d'une centaine de mètres «  Je suis sûr que la lagune est derrière! ». Note pour moi-même: Il va vraiment falloir que je travaille sur cet excès de confiance. Derrière la colline, pas de lagune, par contre, une montagne. Crevés, soufflant comme des bœufs, nous décidons de nous arrêter là...

Pour Claire et moi, c'est la deuxième fois qu'on loupe une lagune. La première fois, c'était avec la voiture de location en Argentine. On nous avait dit que la lagune était à 50 bornes de piste. Il nous restait un tiers du plein. 80 bornes et 3 heures plus tard, on avait finalement fait demi-tour par peur de finir en panne sèche. Et là... 9 heures de marche... et PAS de lagune!

Le paysage autour de nous est une belle compensation. Le temps est couvert, mais nous devinons quelques sommets de montagnes alentours au deuxième plan, derrière les parois du canyon. Nous montons nos tentes. Réchaud, pâtes, flotte à la rivière, feu. Au soleil couchant, le voile de nuages se dissipe, dégageant la vue sur une des montagnes les plus belles que je n'ai jamais vu. Carte postale. Finalement, on regrette rien.

7h30. Encore une courte nuit. Pas de voisin cette fois, mais l'altitude. Après deux mois, nous ne sommes toujours pas tout à fait habitués au manque d'oxygène... Petit dej' rapide. « Alors, qu'est ce qu'on fait? ». La fatigue et le froid aidant, nous décidons de rebrousser chemin en empruntant la route. Avec un peu de bol, on tombera sur une voiture qui voudra bien nous monter là-haut. Une heure et 4 bornes plus tard (ca va mieux en descente!), une bande de copains péruvien nous prennent dans leur taxi... direction LA lagune! Nous remontons la route déjà montée et descendue à pied, et passons derrière la montagne qui nous avait découragé la veille. Là, une immense lagune turquoise nous tend les bras! Nous y étions presque hier! Devant la borne kilométrique « 30 », je sors notre appareil photo tout neuf et demande à Yasmine une petite photo souvenir de cette p...... de lagune! Une heure passe... Maintenant, il va falloir redescendre...

Sur place, des français rencontrés la veille à la boutique acceptent de nous prendre dans le coffre de leur pick-up pour nous ramener directement à Caraz. Si c'est pas beau ça!

Nous embarquons tout joyeux à l'arrière du pick-up. Une nouvelle définition de route tape-cul nous vient alors à l'esprit... Le coccyx de Claire s'en rappelle encore!

Deux heures plus tard, nous sautons du pick-up et nous retrouvons sur la place du village.

Je ramène notre tente à la boutique et tombe sur la patronne.

La patronne: « tout s'est bien passé? »

Tony:« Oui, c'était génial! »

La patronne:« Je veux dire, les tentes, elle sont propres? »

Tony, dépité: « … bah ouais.. »

La Patronne: « bon, je compte les piquets, il y en avait 13 »

Tony, énervé:« … bah ouais... »

Tony, d'un ton « informatif ». «  Juste une chose: il y a pas 9 kil' pour monter, mais 14, ca serait bien de la savoir au cas où, pour les prochains touristes ».

La Patronne: « Oui, je sais, 14 par la route, 9 par la rivière. Il fallait prendre la rivière, c'est plus rapide ».

Tony qui-a-eu-son-compte: « ...ok, on fera ça la prochaine fois ».