paksé

Tout LAO!

 L'avion d'air Lao atterit sur le tarmac de l'aeroport de Hanoï. En un peu plus d'une heure, nous avons quitté le Laos et parcouru les quelques centaines de kilomètres qui séparent la superbe Luang Prabang de l'étonnante capitale vietnamienne. Le même chemin en bus nous aurait valu plus de 24 heures de trajet... Claire et Tony ont choisi la facilité... et Adri et Nanou ne sont pas contre!

A peine une heure de vol pour tourner une nouvelle page du voyage: nous quittons notre 9ième pays.

Premier sentiment, proche de celui ressenti à notre départ de la Bolivie: il faudra revenir.

Retour au 2 décembre. Cette date est inscrite sur nos passeports: Claire et moi devons quitter la Thaïlande sans quoi nous devrons payer une sale amende! Nous sommes partis de Bangkok la veille, pour rejoindre Ubon Ratchatami, située à l'est du pays, près de la frontière laotienne. Au départ d'Ubon, nous prenons un bus pour le Laos. Après 5 semaines de plages, de Bangkok, de montagnes, de Chang et d'émotions... nous quittons la Thaïlande. Un pays vraiment, vraiment génial, tellement génial qu'un peu trop de monde y vient...

LAO!

L'entrée au Laos se fait en quelques minutes. Nous avons déjà nos visas sur nos passeports, mais le douanier nous demande 100 baths par personne. Tout le monde paye, c'est comme ça. Nous n'échappons pas à la règle.

Quelques mètres derrière la douane, nous découvrons le drapeau du Laos: deux bandes horizontales rouges bordant une bande centrale de couleur bleue, elle-même recouverte en partie par un rond blanc. Le rouge pour le sang versé, le bleu pour le fleuve Mékong, le cercle blanc pour la lune et le rassemblement du peuple autour du parti unique... Le parti unique? Et oui, Le Laos est un pays communiste. A coté du drapeau national flotte toujours l'étendard rouge, la faucille et le marteau. Changement de paysage à tous points de vue.

Le bus nous mène à Paksé, ville principale du sud du pays et aujourd'hui, c'est le jour de la fête nationale laotienne. Nous nous attendons à une certaine animation en ville... Et bien que nenni! Le jour de la Fête Nationale, personne ne travaille, tout est fermé, et personne ne fait la fête. Enfin... Personne... Il y a bien toujours un chauffeur de tuk tuk prêt à accueillir un bon petit groupe de touristes! Nous sommes surement tombés sur le tuk tuk le plus cher du pays! Bah...Au moins, pour lui, c'était vraiment la fiesta ce jour là!

Tuk tuk pour milliardaires!

Nous dégottons une p'tite chambre d'hôtel et préparons la suite de notre périple laotien: au programme, direction la frontière cambodgienne en suivant le fameux Mekong pour rejoindre l'île de Kong. Sur cette île, une compétition oppose tous les ans une trentaines de villages dans une course de bateaux à rames... Et cette compet' se termine demain! Nous partons donc dès le lendemain pour lîle de Kong.

Premier contact avec les bus laotiens... le ton est donné. Fini la Thaïlande et ses bus VIP: au Laos, on retrouve des bus bien pourris à la Sud Américaine! Mais bon, le chauffeur est sympa, malgré ses 17 ans et son mètre soixante, il manipule la boite fatiguée de son carrosse comme un pilote de rallye finlandais. Lui demander s'il a le permis serait une insulte. On évite de se faire (un peu plus) peur.

premier bus laotien!

Le bus est plein à craquer. Tellement plein que le chauffeur demande à une touriste américaine de se glisser par une des fenêtres pour monter à l'intérieur! Trois heures de tape-cul plus tard, nous voilà sur la rive du Mekong. A 600 mètres, l'île de Kong. Nous grimpons sur des p'tites pirogues: c'est parti! Quelques minutes plus tard, nous découvrons un rivage bondé de supporters surexcités: deux long bateaux remplis de rameurs couleur fluo se tirent la bourre. Le principe est simple: une ligne de départ et une ligne d'arrivée. Le premier arrivé a gagné! C'est un peu un derby Oxford Cambridge, à quelques détails près: la tasse de thé et le petit doigt levé remplacés par une Beerlao et un point conquérant dressé vers le ciel! L'enjeu est important: les gagnants ne remportent pas d'argent, mais imposent le plus grand respect de tous les habitants de l'archipel des 4000 îles... pour une année.

Coté coulisses, c'est aussi l'occasion pour tous, p'tits jeunes comme papis, de boire des hectolitres de bières et de Lao Lao, le whisky local. Autant dire que tout le monde est rond comme une queue de pagaie à 19 heures... et tout le monde se couche tôt!

Nous apprendrons quelques jours plus tard que cela n'est pas étranger au fait qu'un couvre-feu soit imposé dans tout le pays. Les restos ferment vers 21 heures, les bars 22 heures et les boites de nuit à minuit! Exceptionnel? Pas du tout, c'est comme ça tous les jours. Officiellement, le couvre feu à pour but d'éviter au jeunes de boire tard et de rentrer éméchés sur des scooters en pleine nuit. Officieusement, on ne sait pas pourquoi. Ce que l'on voit en revanche, c'est qu'il fait nuit à 18 heures en ce mois de décembre... et que tout le monde reprend ses scooters après avoir ingurgité de quoi faire exploser l'éthylomètre d'un gendarme breton. Je tente une question ou deux auprès de jeunes dans notre hôtel et comprend vite que le sujet... n'est pas sujet à discussion. Pour la première fois, je découvre un pays où il faut faire attention à ce qu'on dit, un pays où les murs ont des oreilles... A moins que... Tony ait lui aussi abusé de la Beerlao et ne devienne parano!

Deux jours plus tard, nous sommes de retour à Paksé... Prêts à enfourcher nos montures d'acier: Nanou, Adri, Claire et Tony se lancent à la conquête du plateau des Bolovens en scooter! Une expérience vraiment géniale, qui nous fait un peu sortir des bus touristiques et autres excursions organisées. Nous découvrons un des plus beaux paysages du sud Laos: deux jours durant, nous parcourons des petites routes bordées de cascades,de plantations de café... et de villages pleins à craquer de gamins qui nous courent après les mains en l'air à grand renfort de « hello! Hello!».

La conduite scoot' au Laos. Un vrai sport, presqu'un art.

Après une heure, t'es aguerri aux techniques d'évitement de la poule et du cochon qui déboulent de partout.

Après deux heures, tu souris amicalement au mec qui te fait des queues de poissons en trente tonnes bringuebalant, alors que lui t'as toujours pas vu.

Après trois heures, t'es tellement content d'être encore en vie que tu te paye le luxe de dépasser les 40 kilomètres heures, façon « séquence frisson » chez Nico.

Après 4 heures, t'en peux plus... ca vibre, ca grince, ca fait mal au cul..! Mais c'est tellement bon la vie de rider! Promis ma blonde, dans 5 ans, j't'embarque en Harley sur la fameuse 66, on bouffera du bitume, des moustiques et des Royal Cheese, la vie sera belle aux Staaaaaaaaaates! J'te promets ma blonde, tu verras, tu verrRRR AHHH Merde un poulet! Bon Tony, arrête de rêvasser, reste concentré... Ca serait dommage de se mettre au tas, comme dirait Ed' la poignée. D'autant qu'il y a pas d'hopital digne de ce nom ici... le plus proche, c'est Bangkok!

Born to ride - born to be wild!Edouard Bracam n'a qu'a bien s'tenir!!!

Retour à Paksé. Dernière nuit dans le sud. Demain soir, nous prenons un bus de nuit direction la capitale, Vientiane. Environ 500 kilomètres, pour... 11 heures de bus! Ca promet. Après le bus teuf teuf pour descendre à l'île de Kong, on s'attend à tout. A tout... mais certainement pas à CA!

Un véritable bus double étage style Snoop Doggy Dog. Tuné à mort, néons, laser. Une vraie disco mobile à la laotienne! Même en Amérique du sud, on a jamais vu ça! On s'attend presque à voir débarquer les Daft Punk pour un « Around the world » improvisé sur le parking de la gare routière. Et l'intérieur n'a rien à envier à l'extérieur: Pas de siège, mais des couchettes aménagées sur les deux étages.

dans lbus!

Nous nous prenons à rêver: Après 9 mois de voyage, pourrions-nous finalement passer une bonne nuit dans un bus?

C'était sans compter sur la combinaison de trois facteurs critiques:

- Entre Pakse et Ventiane, environ 40% de la route n'est pas de la route, mais de la piste.

- Le terme de « couchette » employé précédemment le fut un peu précipitamment: « planche de bois avec un matelas de plage ukrainien revendu 3 à 4 fois avant d'arriver là » est nettement plus approprié.

- Le haut-parleur situé à 50 cm au dessus de ta tête n'est pas un haut-parleur, mais une bouche d'aération new-yorkaise camouflée, crachant un air refroidi à -19 degrés celsius en plein dans tes sinus.

Enfin arrivés à Vientiane et résultat: dos bloqué pour Claire, crève pour Nanou et Tony, et un répetitif « ca va pas bien » pour Adrien. Nous avons pris chacun une dizaine d'années en 12 heures et tremblons à l'idée de se faire attaquer par une horde de chauffeurs de tuk tuk à la sortie du bus... ce qui ne manque pas d'arriver.

Il est 10 heures du matin, nous trouvons enfin un hôtel où nous reposer après moults allers et retours dans le centre de la capitale laotienne. Nous allons rester deux ou trois jours à Vientiane. Le temps de reprendre du poil de la bête.

Tony commence par une étape « coupe tifs » chez Tony – nom évocateur! Je tombe sur un mec assez incroyable, français laotien, qui a bossé chez Dessange et Jean Louis David avant de rentrer au pays et de monter son propre salon. Et ca marche! Toute la diaspora française va chez Tony - j'ai plus l'impression d'être rue Rivoli qu'au centre de l'Asie. Au passage, Tony (pas moi, l'autre, suivez quoi!) m'apprend qu'à Vientiane, 2000 français vivent et travaillent... et que le business est bon pour lui. Il retourne en France tous les ans passer des vacances. On a plutôt l'habitude de l'inverse...

« Tu mets du gel ou de la laque d'habitude? »

« Bah là, tu vois, j'mets pas grand chose depuis quelques mois... Ah si! J'ai mis une fois ou deux de l'anti-poux... ».

« Bon, j'te mets une noisette de chez Jean Lou (ndlr: Jean Louis David! Faut suivre les loulous!) Tu m'en diras des nouvelles ».

Sortie de chez Tony. Coupe fashion et pantalon troué. On va dire que ca me donne un coté Grunch plutôt branché.

Je rejoins Nanou et Claire autour d'un coca bien frais. Et Ad? Ad, absent, pas là, pas bien. « bah alors, j'te jure, ces jeunes, tu leur fais passer une nuit un peu dure dans un bus – l'aventure quoi - il nous fait une bronchiolite infantile... J'lui prépare un ovomaltine avant le suppo, ou on appelle tout de suite un pédiatre?» Bon ok, Tony mauvaise langue. Je me moque un peu, c'est pas méchant.

Sauf que voilà, ici, le Karma doit être encore plus fort qu'ailleurs. La faute aux bonzes, aux pagodes ou carrément à Boudha, j'en sais rien. Parce que Tony, exactement 3 heures après avoir prononcé cette petite salve, se retrouve tel l'ivrogne du village à vomir ses trippes BIG TIME dans la cuvette « Toto » de sa chambre d'hôtel de Vientiane. Claire, rentrant d'une séance shopping avec Nanou au moment le plus apocalyptique ne peut s'empêcher de venger son frangin: « comment tu disais déjà? Ah oui, l'aventure quoi!  Ah mais c'est pas méchant...j' te taquine! ».

Sauf que voilà, ma p'tite chérie, le Karma, il marche aussi pour les blondes qui trashent leur mec alors qu'il agonise la tête au dessus de la cuvette.

Bilan: le lendemain, alors qu'Ad et Tony vont mieux, c'est la p'tite Claire qui nous fait un eczéma bien sympa au réveil! Verdict du pharmacien: allergie alimentaire! BOOM! Te frotte pas au karma blondasse!

Pas de doute, on a mange un truc pas bon. On saura jamais quoi... Mais c'était vraiment, vraiment pas bon!

Bon, bah il manque plus que Nanou maintenant! « Ah non, c'est bon, moi j'ai la crève depuis le début ».

...Et puis, accessoirement, Nanou, elle n'a trashé personne... Karma, quand tu nous tiens!

                                         Poisson du Mekong - miam!   Liqueur de scolo... pas miam DU TOUT!

Prochaine destination: Vang Vieng, ville étape entre Vientiane et Luang Prabang, au Nord du pays. Nous décidons de couper le trajet en deux, pas vraiment partant à l'idée de faire 24 heures de bus. Il nous faudra tout de même 8 heures (au lieu de 6 prévues!) pour rejoindre cette ville... absolument hallucinante.

Je ne parle pas de ses maisons typiques, des ses pêcheurs traditionnels ou des montagnes karstiques qui l'entourent. Vang Vieng, c'est la mecque de la fiesta au Laos. Nous en avions entendu parler avant de venir. Nous nous attendions à une Ibiza asiatique... et sommes tombés sur une Amsterdam aux accents de Tintin et son Lotus Bleu. Partis pour boire une bière dans un des 50 bars de ce bourg, nous découvrons un carte des mets bien différente. Cela pourrait porter à sourire au départ, mais ce qui fait beaucoup moins rire, c'est le résultat: des dizaines de jeunes, voire très jeunes, touristes se retrouvent à Vang Vieng et finissent dans des états incroyables après minuit.

Vang Vieng, un paradoxe lao: Alors que l'état semble tout contrôler, ici, c'est le farwest: pas de flic, pas de couvre feu, opium, champignons hallucinogènes et herbe partout. Paradoxe? Pas tant que ça... le Laos est un des plus importants producteurs d'opium au monde, et vu la configuration du pays, il semble difficile que le gouvernement ne soit pas impliqué à un certain niveau. Je veux pas me la jouer Harry Roselmac, mais bon, avec ce que nous avons vu à Vang Vieng ce soir là, une dinde de Noël pourrait arriver au même constat.

Nous ne restons qu'une nuit à Vang Vieng et repartons pour Luang Prabang. A posteriori, c'est dommage, on aurait peut être y rester plus longtemps pour faire une rando, profiter des superbes paysages alentours... et changer notre impression sur cet endroit.

Arrivés à Luang Prabang... nous découvrons un monde différent.

Superbe ville classée au patrimoine mondial à L'Unesco, Luang Prabang est LA destination laotienne. A peine débarqués de notre bus (encore 4 heures!), nous nous retrouvons bloqués dans des embouteillages. Notre chauffeur de tuk tuk nous apprend que la cérémonie d'ouverture des jeux nationaux aura lieu demain! Résultat: tous les hotels bon marché sont pleins, occupés par les athlètes du pays et quelques routards. Mais le flair et l'expérience, ca s'improvise pas. Claire et Tony embarquent les p'tits jeunes dans les dédales de la ville et trouvent une auberge nickelle et pas chère - Sinon, Tony, la cheville ca va? Beaucoup mieux depuis l'équateur, merci!

Trois jours à Luang Prabang - programme: se re-po-ser et profiter! Nous abandonnons l'idée de nous rendre à la cérémonie d'ouverture: gratuite, il faut s'y rendre 4 heures avant pour espérer avoir une place. Nous optons pour une visite de la ville où nous retrouvons le Mekong que nous avions quitté à Pakse, mille kilomètres plus au sud... Comme dans tous les endroits « précieux » que nous avons visité, le temps passe trop vite à Luang Prabang... et il faut vite décider des prochaines étapes avec, en ligne de mire, le Vietnam... et plus de 24 heures de bus dans les collines laotiennes!

A l'unanimité, le quatuor vote pour l'achat d'un billet d'avion: on fête Noël un peu avant l'heure...

SEE YA!

 

Prochain post depuis le Vietnam! Joyeux Noël à tous!

Pour notre part, nous serons dans un bus entre Ninh Bin et Hoi An... dans la nuit du 24 au 25... pensez à nous autant qu'on pense à vous!

Claire et Tony