Lac Inlé

Myanmar, Mi amor

 Après quelques mètres, une grille bleue. Ce doit être celle-là.

Derrière, une cage d'escalier monte les quatre étages d'un immeuble décrépit. Attaché par une ficelle, un bout de carton pend, avec une flèche dessinée au crayon. La flèche pointe l'extrémité d'une vieille corde qui monte elle aussi aux étages.

Après quelques secondes d'hésitation, je tire sur la corde. Pas de réaction. Je jette un coup d' oeil derrière mon épaule. Personne. Je recommence. Quelques étages plus haut, un son de clochette retenti. Une porte grince. Machinalement, mon regard remonte la paroi de l'immeuble. Trois étages plus haut, un visage m'observe. Une femme me fait un signe auquel je réponds. Le visage disparaît et la grille s'ouvre, actionnée par une autre corde, tirée depuis l'étage.

Pas vraiment sûr de moi, j'entre dans la cage d'escalier et referme la grille derrière moi. Plus haut, une voix m'appelle en anglais.

Je monte les trois étages, et entre dans une pièce, invité par la femme que j'ai aperçu. Devant moi, une petite fille joue avec un vieux camion en plastique, un vieil homme fume en regardant la télévision. La femme m'invite à m'assoir sur une paillasse, devant elle. Dans un anglais rodé, elle me demande ce que je cherche. Je lui réponds.

« Et tu en veux combien? »

« 2, ça suffira ».

« Ca fera 20'000 » - c'est le prix qu'on m'avait donné.

Je sors l'argent de ma poche et lui tends.

« OK, attends moi ici ».

Elle quitte la pièce en passant derrière un meuble. Je n'avais pas vu qu'il y avait une autre pièce, derrière.

J'entends sa voix, presqu'un chuchotement. Autour de moi, la petite fille joue avec son camion et le vieil homme fume, imperturbable. A la télévision, un militaire crie, une main au ciel, devant un parterre de képis. Les secondes sont longues.

La femme revient enfin. Elle sort de son tablier ce que je cherchais, me les tends, et très rapidement, me dit de redescendre. Je prends quelques secondes pour vérifier. C'est bon, ça à l'air d'être ça. Après un bref salut, je quitte la pièce et redescend les trois étages. La corde est de nouveau tirée, la grille s'ouvre. Je la referme derrière moi et prends la direction de notre hôtel.

Il fait nuit. Seul un lampadaire éclaire la rue, à quelques dizaines de mètres devant moi. Arrivé au pied de l'hôtel, mon regard croise celui du vendeur de cigarettes qui m'a indiqué l'adresse quelques heures plus tôt. Il me demande si j'ai pu trouver. Je lui réponds par l'affirmative et le remercie.

Quatre étages plus haut, je rentre enfin dans la chambre.

Claire, assise sur le lit, me sourit: « alors, tu les as? »

« Oui c'est bon, j'ai les billets de bus».

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A peine deux jours que nous sommes en Birmanie et déjà tellement de choses à raconter. Notre arrivée d'abord. Depuis Bangkok, nous avons pris un vol nous menant à Rangoon, ville la plus importante du pays et ex-capitale.

Notre arrivée en territoire birman est une expérience particulière. Comme tous les passagers, nous savons que nous débarquons dans une dictature militaire. Une des plus féroces au monde. Et comme la plupart des passagers, c'est la première fois que nous débarquons dans un pays au régime dictatorial. Autant dire que tu fais pas le malin devant le gentil douanier qui te demande ton passeport à la sortie de l'avion.

Une fois les formalités expédiées, nous partons à la recherche d'un taxi pour nous mener au centre ville, où nous chercherons une guest house pour la nuit. Nous partons à la recherche d'un bureau de change pour changer quelques dollars en Kyat (prononcé « Tchett »). Seulement voilà, l'unique bureau de l'aéroport est fermé. Devant, une femme vient à notre rencontre et nous propose de changer nos dollars... à taux défiant toute concurrence! Bah oui, forcément, vu que là, juste maintenant, on ne peut pas dire qu'il y a de la concurrence... Allez, on change 20 dollars, histoire d'avoir de quoi prendre le taxi.

Attention! En Birmanie, il n'y pas de distributeurs de billets. La carte bancaire est pour ainsi dire inutile... il nous faut amener avec nous la totalité de notre budget en cash – nous choisissons des dollars plutôt que des Euros, moins faciles à changer. Les billets doivent être neufs. SI ce n'est pas le cas, ils sont tout bonnement refusés par les changeurs. A bon entendeur!

Bon, arrêtons de nous plaindre, parce que les Kyats... ils sont beaux:

 

Kyat monnaie birmane.jpg

 

2 minutes plus tard, nous embarquons dans une vielle Toyota blanche. Le chauffeur de taxi nous demande dans quel hôtel nous logeons. Nous lui répondons que nous n'en avons pas, qu'on va en trouver un « down Town ». Dans un anglais pratiquement parfait, notre chauffeur nous dit que la plupart des hôtels sont pleins... Une bonne vieille ruse de chauffeur de taxi! T'inquiète bonhomme, celle-là, on l'a entendue 50 fois depuis 11 mois... tu veux nous amener chez qui... ton cousin, ton frère, ton beau père? Ou alors, t'as un arrangement avec un patron de guest house miteuse qui te refile une bonne commission quand tu amènes deux touristes fraîchement débarqués, c'est ça? ».

Et bien non, même pas, notre chauffeur est un homme charmant, qui nous prévient juste que nous, nous ne sommes pas assez prévoyants. Parce qu'en effet, les trois première guests house que nous visitons sont complètes.

Au bout d'une bonne demie-heure, je laisse Claire dans une des guest houses, dont la patronne, désolée de ne pas pouvoir nous accueillir, lui propose de rester en attendant mon retour. Première leçon de gentillesse birmane. Il y en aura tellement par la suite.

Et me voilà parti. 4 guests houses plus tard et une bonne heure plus tard, je croise deux français aussi imprévoyants que nous: Didier et Jean-Michel. Eux aussi cherchent un hôtel depuis qu'il sont arrivés à Rangoon. Ce soir, tous les hôtels de Down Town étaient complets, à l'exception du Traders, un palace appartenant à la junte au pouvoir, proposant des chambres au budget nettement supérieur au nôtre. Deux excellentes raisons pour ne pas y dormir.

Nous finissons par joindre nos efforts et finalement dégotons un hôtel au nord de la ville. Nous voilà repartis vers le nord, direction aéroport. Crevés, Claire et moi nous affalons sur le lit et nous endormons en 10 minutes. Nous avons compris tous seuls comme des grands que le Myanmar est un pays en vogue... deuxième leçon de la soirée.

Le lendemain matin, nos compagnons de galère sont déjà partis lorsque nous quittons notre chambre... De notre coté, nous appelons une des guests houses visitées la veille et réservons une chambre. Ce coup là, on va pas se faire avoir!

Nous sommes en Birmanie pour 28 jours. Durée maximum autorisée par notre visa. Nous avons prévu de passer quelques jours à Rangoon (ou Yangon), puis de monter vers le Nord direction Mandalay, seconde ville du pays. D'après notre guide, les deux villes sont distantes de 600 kilomètres, soit 15 heures de bus... ou une heure d'avion. La discussion tourne en négociation. Claire, qui commence à en avoir marre des bus interminables sur des routes tape cul, penche pour l'avion. Tony, un peu frileux niveau prix (plus de 100 dollars par tête pour monter dans un coucou), est en faveur du bus.

Après tergiversation, c'est finalement grâce au proprio de notre guest house que nous ferons notre choix: il nous apprend qu'une autoroute toute neuve a été terminée il y a quelques mois, et qu'une compagnie de bus modernes relie Yangon à Mandalay en 8 heure seulement. BANCO! Il reste plus qu'à aller chercher des billets de bus...

Avant de prendre notre fameux bus, nous tenons à visiter ce que tous les voyageurs en Birmanie veulent voir: la plus grande pagode du Monde. La Pagode Shwedagon. Une construction impressionnante, haute de près de 100 mètres. Plus de 700 kg d'or recouvre le stupa (qui donne à la pagode sa forme de « toupie géante »). Autour de celui-ci des centaines de birmans, marchent, discutent, mangent, nettoient, prient. Le spectacle de cette pagode dorée est impressionnant, Celui de la vie qui l'anime est attirant, touchant. Nous sommes en Asie depuis plusieurs mois et ce qui nous frappe en Birmanie encore plus qu'ailleurs, c'est la vie que les bouddhistes amènent dans leurs lieux de culte. Enfants, vieillards, moines, familles entières, jeunes amoureux, tous sont ici et tous ont l'air heureux d'être ici. Autant dire que nos vieilles églises froides et grises font plutôt pâles figures!

femmes moines2 femmes moines à la pagode, unique en Asie!

En quittant ce lieu fascinant avant de partir pour la gare routière, beaucoup de questions nous taraudent. A aucun moment je ne me suis senti dans une dictature. Il y a moins d'uniformes qu'au Vietnam, les gens sont plus souriants encore qu'en Thailande... Mais alors, qu'est ce que nous attendions? Des militaires armés à tous les coins de rue? Des camions bâchés chargés de prisonniers en partance pour l'inconnu? Des haut parleurs juchés sur les toits des bâtiments administratifs prêchant la bonne paroles? Des portraits géants de militaires placés à tous les carrefours? Des espions planqués derrières leurs journaux, épiant nos moindres faits et gestes? Deux jours après notre arrivée, nous ne voyons rien de tout cela. Il nous faudra un peu plus de temps pour percevoir un partie – infime – de la pression extrême du gouvernement sur la population.

Dans le bus pour Mandalay, nous découvrons la « campagne » birmane. Un paysages de champs poussiéreux, et ci ou là , quelques cabanes de bois et de paille. Contraste avec la capitale, qui a tout d'une grande avec ses rond-points géants et ses buildings.

En 8 heures de route, nous traçons sur une 3 voies recouverte d'un bitume impeccable. L'autoroute est bien là. Les voitures, elles, sont absentes. Nous en croisons peut être une dizaine en huit heures de route. Bizarre.

Notre bus est comme annoncé: un bus flambant neuf! La aussi un sacré contraste avec les autres bus que nous avons vu au terminal de Rangoon! Notre bus est tellement neuf que le chauffeur nous a fait le plaisir de mettre la clim' a fond pendant tout le trajet... on a fini avec les vestes... et une bonne crève!

Arrivée à Mandalay sans encombre. Cette fois, nous avons booké un hôtel! Nous nous attendions à trouver à Mandalay le charme que nous n'avons pas trouvé à Rangoon... et bien c'est raté! Petits immeubles de bétons recouverts de vitres bleutées, circulation incessante, pollution omniprésente... Mandalay, on n'aime pas vraiment au premier abord, mais, ça nous ne empêche pas de garder la forme, Claire a arrêté ses tractions 3 secondes pour prendre cette photo!

HUS HUS!

Nous partons vite avec un taxi nous balader aux alentours: nous cherchons notre premier coup de coeur en Birmanie... et le trouvons à Mingun. Pour rejoindre Mingun, nous prenons un bateau sur le fleuve Irrrarwady. Au bout d'une petite heure de croisière plutôt sympa... nous débarquons dans un petit village où furent construites les bases de ce qui auraient dû être la plus impressionnante pagode du monde: un bloc de briques de 50 mètres de haut, construit il y a plus de deux cents ans. Le stupa (le fameux cône en forme de toupie à l'envers) aurait dû mesurer plus de 150 mètres de haut. Seulement voilà. Le roi à l'initiative de ce projet l'a finalement abandonné: ses astrologues lui auraient prédit une mort certaine si la pagode venait à être achevée! Pour Claire et Tony, c'est quand même super impressionnant de monter sur ce bloc énorme... Avec une vue magnifique sur la campagne environnante, des temples superbes et encore et toujours, des pagodes dorées par dizaines.

De retour de cette super journée à prendre le soleil, nous partons pour un p'tit apéro. Et V'la tit pas que nous tombons sur... Jean-Michel et Didier! Ils logent dans un hôtel proche du nôtre. Nous partons pour l'apéro ensemble... et faisons connaissance. Nous apprenons que Didier habite à Draguignan et vend des bijoux sur le marché de St Aygulf, quant à Jean-Michel, ancien boulanger, il habite à Frejus et vit plusieurs mois par ans en Thailande. Attention Mesdames et Messieurs. Nous avons à faire ici à de vrais baroudeurs. Pas ces apprentis routards qui réservent leur stage UCPA pour aller faire du Kite Surf dans le sud du Vietnam. A eux deux, MiMi et Didier cumulent pas moins de 50 années de baroude! Autant dire que nous les écoutons parler de voyages...et que nous prenons des notes! Le lendemain, nos routes se séparent, mais pas pour longtemps: MiMi et Didier partent en bateau pour Bagan. Nous prendrons le bateau le jour suivant. A la différence que nous prenons le bateau « touristes ». Nos nouveaux amis eux, prennent le bateau local, 4 fois moins cher, mais deux fois plus long. On se sent un peu coupables. « Les vieux baroudeurs » nous donnent une petite leçon de routard... qui en deviendra un belle: notre bateau, embourbé à plus d'une reprise dans l'eau sablonneuse du fleuve, nous mènera à bon port en 10 heures. Le leur n'aura mis que deux heures de plus...

 

LES VRAIS ROUTARD, C'EST EUX!

Jean-Michel et Didier

Nous voici à Bagan. Si vous avez déjà vu une image de la Birmanie, c'est probablement celle de Bagan: des dizaines et des dizaines de temples et de pagodes à perte de vue. Un spectacle hallucinant, encore plus impressionnant selon moi que celui offert par les temples d'Angkor au Cambodge. A Bagan, le charme birman opère dans toutes ses formes: une lumière orientale qui donne au ciel une couleur rouge orangée unique au coucher du soleil, des habitants accueillants – comme partout en Birmanie – un marché typique vraiment, vraiment beau et bien sûr... des temples superbes... Pourtant, Tony n'est pas fan des pierres. Mais là, il faut avouer. C'est beau. Presque magique. (note pour moi-même: quand je parle de moi à la troisième personne, ca fait un peu Alain Delon... évite les prochaines fois).

La magie de Bagan nous fera y rester cinq jours. Nous profitons de cette petite ville touristique, où nous respirons un air pur (après Rangoon et Mandalay, c'est appréciable!), visitons les temples à vélo et goûtons au meilleur burger du Myanmar. On ne ment pas, c'est le cuistot qui le dit: « j'ai tout appris avec un italien ». Mais attend, le burger c'est pas trop italien non?!...

Bref, nous passons du bon temps et oublions que nous visitons un pays soumis au régime d'une dictature militaire. Et puis, un jour, sur nos vélos, à l'ombre d'un arbre, au bord de la route déserte. Nous nous arrêtons et regardons les photos prises depuis le matin. J'entends alors un craquement derrière mois et découvre qu'un militaire armé d'une Kalachnikov, sorti d'un bosquet, nous observe. Nous ne demandons pas notre reste et remontons sur nos vélos. Sur la route, nous apercevrons une dizaine d'autres militaires. Et puis en arrivant en ville, c'est autre chose qui nous rappelle cette dictature: nous passons devant le bureau de campagne de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND), le parti de Aung San Suu Kyi.

Devant le petit bâtiment, un portrait de la leader et une affiche mentionnant un simple mais efficace: « I love Democracy ». Les élections législatives auront lieux au mois d'avril. Une étape avant les présidentielles... Et même si la junte a cadenassé celles-ci en faisant passer une loi imposant au futur président d'avoir servi au moins 10 ans dans l'armée – ce qui annule toute possibilité à un opposant de prétendre à cette position - il flotte un sacré vent d'espoir en Birmanie: la récente visite d'Hilary Clinton puis d'Alain Juppé, qui a décoré Aung San Suu Kyi de la Légion d'Honneur, y sont pour quelque chose: le monde semble enfin s'intéresser au sort de la population birmane... Et la junte ouvre (un tout petit peu) les vannes... Il était temps.

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Car les birmans sont les gens les plus accueillants qui soient. Les plus souriants, les plus ravis de voir des étrangers chez eux. Bien sûr, la situation est plus complexe que ce que nous voulons croire, mais une chose est sûre: les birmans veulent le changement. Sinon, pourquoi installeraient-ils des portraits d' Aung San Suu Kyi dans tous les restaurants, dans les bus, dans les bateaux? Pourquoi se risqueraient-ils à parler avec nous, petits touristes français, de la situation effroyable dans laquelle leur pays est embourbé depuis tant d'années, au risque de se retrouver enfermé, ou pire?

Nous ne pouvons nous empêcher de nous sentir coupables d'être témoins de cette situation et de ne pas pouvoir faire grand chose. La seule chose que nous pouvons faire, c'est de tenter de favoriser le dialogue avec les birmans et de témoigner de ce nous avons vu et entendu à notre sortie du pays.

Nous avons enfin l'opportunité de « dialoguer » quelques jours plus tard.

Après avoir quitté Bagan et dit au revoir à MiMi et Didier – on se revoit dans le Midi, le Miiiiiiidiiiii! - nous avons rejoint une petite bourgade du nom de Kalaw, à 9 heures de bus pour 300 kil' – fini les autoroutes en bus de luxe. Bonjour, petit bus local casse genoux et piste poussiéreuse! A notre arrivée à Kalaw, galvanisés par le grand air (on est à 1200 mètres d'altitude, ca doit nous rappeler les alpages de la vallée d'Abondance), Claire et moi prenons une décision symbolique plutôt sympa et bon enfant sur le moment: Nous avons commencé notre tour du monde part un trek de trois jours au Parc National Torres del Paine au Chili. Nous allons le finir par un trek de 3 jours, ici en Birmanie!

Ca tombe bien, deux français (oui! Il y a beaucoup de français en Birmanie!), Mathilde et Maxime, ont le même projet que nous: rejoindre le fameux Lac Inlé à pied depuis Kalaw. 3 jours, 60 kilomètres de marche. Bon, on a fait 12 pays, on a trekké en Amérique du Sud. On est des vrais. Des tatoués (oui, absolument... les péruviens s'en souviennent!). C'est pas une petite balade à 1000 mètres d'altitude qui va nous faire peur.

Notre guide, Mister S., un bonhomme de 55 ans, nous emmène donc à travers la campagne et les collines birmanes. Au programme: paysages superbes, rencontre avec la vie rurale birmane... et logement chez l'habitant! Nous passons notre première nuit dans un temple et dormons devant un grand bouddha en compagnies des moines et de notre guide. Une expérience unique. Puis, le lendemain, après une deuxième journée de 10 heures, nous dormons dans un grenier à riz... expérience également unique, mais pour d'autres raisons. En fait, de multiples raisons. Il y avait en effet de multiples... bebêtes là dedans! Bon, à ce qu'il paraît, les piqûres de puces sont bonnes pour la circulation. C'est vrai ça? Non, c'est des conneries, mais on se console avec ce qu'on peut.

Maxime, Mathilde, Claire et Tony - les puces: MÊME PAS PEUR!

Maxime, Mathilde, Claire et Tony

Lors de ce trek, c'est avec Mister S. que nous avons pu réellement discuter de son pays. En passant devant une pompe électrique installée devant un étang, je lui demande si c'est le gouvernement qui l'a mise ici.

« jamais rien ne vient du gouvernement. Le gouvernement ne dépense pas l'argent du peuple pour l'aider, il le dépense pour acheter des armes et tuer les rebelles ». Le ton est donné. Pendant près d'une heure, il nous raconte des histoires effroyables de vols, de meurtres, de viols, de torture. Nous prenons conscience que ce que nous entendons d'ordinaire à la télévision est ici bien réel. Dans la voix de notre guide, une réelle crispation, une réelle tension. Dans ces paroles pourtant, une sagesse incroyable: « Le changement est en marche. Cela pourra prendre 5 ans, 10 ans, 20 ans, mais la démocratie gagnera ».

Nous repartons et enchaînons 18 kilomètres de marche en 5 heures pour arriver enfin au bord du Lac Inle, sonnés par ce que nous avons entendu et usés par trois jours de marche plus difficiles que nous ne pensions. (bon, on va être francs: Claire est au bord de la crise de nerfs et Tony ne sent plus ses chevilles, ah non, ses genoux... merde, je sens plus mes jambes!)

Une pirogue nous attend. Il est temps de prendre congé de notre guide et de nos nouveaux potes Maxime et Mathilde: On se revoit à Paris dans deux mois! Dans deux mois...

Le Lac Inle, c'est un peu comme les frites Mac Cain. C'est ceux qui en mangent le moins qui en parlent le plus. Et comme nous, on en a beaucoup mangé, on ne va pas trop en parler... On va juste dire que si vous allez en Birmanie sans être allé au Lac Inlé. Bah... c'est dommage. Très dommage!

(pas mal le teasing non? Vous voulez en savoir plus: ça fera une bière pour Tony et un massage des pieds pour Claire – oui, Claire a encore mal).

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Et puis... Voici un épisode dont au contraire, on se serait bien passé.

Au départ d'Heho (aéroport le plus proche du Lac Inlé), nous décidons de partir pour Ngapali, une plage magnifique sur le golf du Bengale. Terminer notre voyage en Birmanie par quelques jours au bord de l'eau, avant de rejoindre Bangkok puis de rentrer en France. Bon plan non?

Oui, sauf quand la compagnie aérienne est une compagnie au nom de Air BKZ, et que le pilote de l'ATR dans lequel nous étions est tout sauf un pilote.

Une semaine après ce vol, il nous est encore difficile d'y repenser sans une boule au ventre.

En voulant atterrir sur la courte piste de Tandwe, notre pilote a raté sa manœuvre. L'avion à rebondi plusieurs fois au sol avant de casser les trains d'atterrissage, de sortir de piste sur le ventre et de finir sa course sur un tas de sable, à quelques dizaines de mètres des rochers et de la mer. Nous avons eu la plus grande frayeur de notre vie. Les bruits, les cris, les odeurs sont encore dans nos têtes. Comme nous, tous les passagers ont pu évacuer et s'en sortir sans égratignure.

Le 17 février 2011, nous étions prêts pour commencer cette aventure. Un an jour pour jour après, nous avons failli ne jamais la terminer. Sur le moment, l'adrénaline, le fait de s'accrocher à ce que tu peux dans l'avion puis la volonté de sortir au plus vite de la cabine... Tout cela ne nous a pas fait prendre conscience de la dimension de l'accident. Des touristes américains, pilotes, ont vu l'accident et nous ont dit que nous avons eu beaucoup de chance.

air bkz

Que peut-on dire de plus?

Nous avons de la chance. Beaucoup de chance.

Quel dommage de finir notre expérience birmane, et plus encore, notre fantastique voyage, sur cette note au goût amer!

Mais quelle chance de pouvoir continuer notre voyage pendant quelques jours encore (nous avons bien profité de la plage de sable blanc et de l'eau à 30 degrés...on vous rassure!) et de rentrer embrasser nos familles et nos amis, quelle chance de retrouver l'Europe, d'avoir les projets que nous avons. Quelle chance d'avoir vécu une année qui restera une des plus belles années de notre vie. Quel bonheur de savoir que tout est possible pour le futur.

Cet accident est finalement la meilleure occasion pour nous de nous rendre compte à quel point la vie est belle et pleine de bonheurs. Claire et moi en avons conscience un peu plus maintenant que par le passé. Et ça aussi c'est une chance, non?